Women and Child de Saeed Roustayi (2025)

Révélé avec « La loi de Téhéran » en 2019 suivi du film « Leila et ses frères »en 2022, le cinéaste iranien Saeed Roustayi est sélectionné au Festival de Cannes 2025 dans la compétition officielle. « Woman and Child » (titre original : « Zan Oh Bacheh ») est un portrait percutant d’une femme face au patriarcat.


Mahnaz (Parinaz Izadyar), une infirmière veuve d’une quarantaine d’années, élève seule ses deux enfants et vit avec sa sœur cadette et leur mère. Elle s’apprête à céder aux injonctions de son petit ami, Hamid, qui insiste lourdement pour l’épouser. Il veut fonder une famille. Son fils Aliyar, jeune adolescent, enfant roi, insolent et infernal, est renvoyé de l’école. C’est le premier drame d’une série à suivre. Un échange de regard entre son fiancé et sa jeune sœur de vingt ans sa cadette laisse présager une liaison. Mais c’est un accident tragique qui vient tout bouleverser. Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation.


Saaed Roustayi décrit Mahnaz comme un personnage « qui hurlait dans sa tête ». Il a toutefois dû composer avec la censure iranienne et islamique et notamment, se plier au port du voile pour les femmes. Il dit cependant s’inscrire dans un cinéma social de résistance.


Le film est un plaidoyer pour une femme (Mahnaz) victime de l’oppression et de la domination masculine qui se manifestent dans toutes les sphères : intime, familiale, professionnelle, publique, … Une machine à broyer les femmes.

Son propre fils, 14 ans et futur homme en devenir, fait sa loi. Il monnaie avec sa grand-mère pour qu’elle fasse ses devoirs à sa place alors que la petite sœur ne bénéficie pas de cette facilité. Il drague ouvertement et sans complexe une collègue de sa mère à l’hôpital, sans douter de son pouvoir de séduction. A l’école, c’est une vraie terreur, complètement ingérable. Il s’incruste frontalement dans l’histoire amoureuse de sa mère lui interdisant de refaire sa vie tout en faisant d’elle une mère aimante à l’excès. Elle le défend toujours corps et âme, parfois à tort.

A cette figure masculine déjà très dominante, s’ajoute celle du grand-père paternel, homme bourru et violent, presque bestial et qui manque à tous ses devoirs. Son ex-compagnon s’avère également être une personnalité dominante. Il opère sur elle menaces, manipulations et agressions psychiques et mentales. Quand il lui préfèrera sa sœur cadette, elle lui dira « Tu ne voulais pas une femme et un enfant, mais une femme-enfant que tu puisses contrôler ». Bref, le réalisateur ne ménage pas le genre masculin.


Quant à Mahnaz, elle est une femme de caractère, forte et indépendante. Une mère en colère face à l’ordre patriarcal tout puissant. Lorsqu’une succession de drames surviennent dans sa vie, la frappant de plein fouet, c’est d’abord la rage, la colère et la révolte qui l’aident à tenir debout dans l’adversité pour ensuite laisser place à la résilience, à la solidarité féminine où la vie reprend le dessus.


Un film coup de poing, déchirant, qui remue, cogne et secoue. On est abasourdi.e.s par les vagues de tragédies insupportables entre trahison, injustices et arrachement.


A classer dans la catégorie « Plus jamais ça » pour venir à bout de cette société patriarcale, source d’oppressions multiples et de grande souffrance, si justement autopsiée et mise en évidence dans cette fiction réaliste. Le film dénonce le poids des traditions archaïques, les défaillances d’une société rigide et les injustices faites aux femmes.


C.P.