Shana de Lila Pinell (2026)

Lila Pinell est une réalisatrice et scénariste française. Elle a notamment réalisé le film « Kiss and Cry »avec Chloé Mahieu, en 2017. « Shana »est son premier long métrage. Le film a été sélectionné à Cannes en 2026, dans la catégorie « La semaine des cinéastes ».
Difficile de ne pas faire le rapprochement avec « Diamant brut »d’Agathe Riedinger (2024). Les deux films suivent le parcourt d’une « bimbo », affublée de longs ongles, de faux cils, de décolletés plongeants et pour Shana, de lèvres gonflées à l’acide hyaluronique. Ces filles incarnent une féminité voyante, bruyante, vulgaire mais assumée dans un désir de visibilité.
Shana (Eva Huault) est un peu perdue face à sa famille, la religion, son petit ami violent. Elle vit des galères au quotidien. Elle veut s’en sortir, elle a du tempérament. Elle parle haut et fort et s’embrouille à peu près avec tout le monde. Brute de décoffrage, elle démarre au quart de tour. Elle aime la provocation. Sa bouche gonflée ? « Une bonne bouche de suceuse ! » lance-t-elle dans un repas de famille.
Avec sa mère (Noémie Lvovsky), c’est compliqué. Les rapports sont houleux ! Elle lui reproche de l’avoir abandonnée dans un foyer pour suivre un amoureux. Shana est sous l’emprise d’un homme toxique. C’est un dealer qui purge une peine de prison. Durant sa détention, elle se sert dans sa « réserve d’argent ». Il faut bien sortir avec les copines. Elle lui rendra plus tard…
A la mort de sa grand-mère, Shana reçoit une bague censée protéger du mauvais œil. Voilà un coup de pouce du destin. Tout va s’arranger. Mais son « petit ami » est libéré et il veut récupérer ses sous. Les déboires de la jeune femme ne font que commencer. Comment trouver cet argent ? Elle va tout essayer avant de se résoudre à vendre la bague. Mais ce n’est pas suffisant.
Lila Pinell s’intéresse à une jeunesse marginale, sans jugement, et sans vouloir accabler son personnage principal. Shana représente ces filles admiratives des « Kardashian » et sevrées au son des téléréalités. Elles veulent copier leurs idoles avec plus ou moins de succès. Pas d’études, des petits boulots et une gouaille hors du commun. Eva Huault incarne le personnage sans modération. Pas de « male gaze ». La réalisatrice refuse de glamouriser son actrice au profit d’un réalisme cru et d’un caractère bien trempé.
La réalisatrice compare les « malheurs » de son héroïne aux dix plaies d’Egypte, ce qui est original et assez jubilatoire. Enfant, Shana regardait un album d’images où elles étaient représentées. Ce livre l’a traumatisée. Superstitieuse, elle croit être en proie à la malédiction quand un eczéma envahit son corps.
Un film tragi-comique et très émouvant. Une jeune femme projetée dans la vie sans « garde-fou » mais qui essaie de s’en sortir avec le peu de moyens mis à sa disposition. Durant son parcours, Shana est confrontée à l’emprise, la toxicité masculine, les violences conjugales, la prostitution,… mais aussi à la sororité pour tenir le coup. Par ailleurs, le film montre comment la précarité peut amener les jeunes femmes vers l’argent facile, sans se méfier.
J’aimerais dire « Encore et encore » pour ce rôle féminin excessif, drôle et bouleversant. C’est une jeune femme qui tient le film à bout de bras. Cependant, j’opterai pour « Plus jamais ça ». Trop de filles restent des proies faciles pour tous les prédateurs. Pour une qui s’en sort, combien seront des victimes, malgré elles, dans une société qui broie encore trop souvent les femmes ?
V.M.
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