Rose de Marcus Schleinzer (2026)

Directeur de casting mais aussi acteur et réalisateur, Marcus Schleinzer est né en 1971 à Vienne. En 2011, il réaliser son premier film « Michael »qui sera sélectionné à Cannes. « Rose »a été présenté à la Berlinale en 2026 et l’actrice principale, Sandra Hüller a remporté « l’Ours d’agent de la meilleure interprétation ». Le film a également remporté le prix du « Meilleur scénario » au Festival du Film autrichien et à l’Istanbul Film Festival.
Pas facile de vivre quand on est une femme. De tout temps et partout dans le monde, elles ont toujours souffert de la mysoginie qui les cantonne à la place que les hommes leur ont attribuée. Pas d’autres droits que d’accepter en silence les injustices dont elles sont victimes. Je ne passerai pas en revue la liste des violences faites aux femmes par les hommes, ma critique serait trop longue.
Pour avoir une vie qui correspond à leurs aspirations, des femmes ont fait le choix de prendre une identité masculine. Dans l’histoire, certaines ont dû se travestir pour contourner les interdits sociaux, exercer une profession, voyager ou tout simplement être. Elles sont légion mais je ne citerai que la plus connue, Georges Sand. De son vrai nom Aurore Dupin, la célèbre romancière, née en 1804, a adopté le costume masculin et un pseudonyme pour s’émanciper des codes sociaux de l’époque.
La guerre de Trente Ans vient de se terminer. Le film se situe en Allemagne au XVIIème siècle. Les survivants rentrent au pays. Un soldat balafré, Rose (Sandra Hüller), débarque dans un village protestant reculé. Il affirme être l’héritier d’un domaine désormais à l’abandon. Il a des documents. Il veut récupérer ses biens. Les villageois.e.s sont suspicieux. L’homme va essayer de s’intégrer dans la communauté. Il recherche la stabilité et un endroit où vivre.
Il est courageux, il rend des services à la population, il engage les villageois pour travailler sur ses terres. Il finit par gagner leur confiance. Un fermier influent lui donne sa fille aînée en mariage. Cette dernière n’est qu’une monnaie d’échange pour sceller des alliances économiques. Comment refuser sans trahir son secret ? Vous l’avez compris, le mystérieux soldat est une femme. Peut-être l’héritière du domaine mais qui n’aurait pu le récupérer si elle se présentait telle qu’elle est.
Rose va épouser Suzanna (Caro Braun) mais la jeune femme souffre de la distance de son mari, elle commence à s’interroger. Ce dernier va utiliser un « gode ceinture », pour faire illusion, et la vie continue. Tout s’arrange quand le ventre de Suzanna s’arrondit. Qui est le père ? Pas son époux, bien sûr. Le film ne donnera pas de réponse mais tout semble montrer que c’est l’œuvre du père incestueux, pressé de marier sa fille.
Un jour, Rose est piquée par des abeilles, elle subit un choc anaphylactique et perd connaissance. Inconsciente, elle est déshabillée par sa femme et quelques amies de celle-ci. Les bruits courent et on commence à douter de la véritable identité du maître des lieux. Les deux personnages féminins (Rose et Suzanna) vont se rapprocher et vont se soutenir pour tenter d’échapper au destin que les hommes ont décidé pour elles.
« Rose »est l’histoire d’une femme qui se fait passer pour un homme dans une société profondément patriarcale. Pour elle, c’est une question de vie ou de mort. Une femme seule n’a pas d’existence juridique, aucun droit de propriété et elle reste une cible vivante pour les violences masculines. Grace à son « costume d’homme », elle possède la liberté, la propriété, l’indépendance, la richesse et le respect. Le film démontre que le genre est avant tout une construction sociétale. Les choses ont-elles vraiment changé de nos jours ? Plus jamais ça ? L’espoir fait vivre
V.M.
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