Paternal Leave deAlissa Jung(2025)

« Paternal Leave »est le premier long métrage d’Alissa Jung, surtout connue du public allemand comme actrice de télévision. Le film a été dévoilé à Berlin dans la section Generation 14plus (et primé par la Guilde AG Kino des cinémas d'art et d'essai). Il a été projeté au Ramdam Film Festival de Tournai lors de l’édition 2026, dans la catégorie « Génération ».


Paolo (Luca Marinelli)est un moniteur de surf quarantenaire qui gère une plage sur la côte, en Émilie-Romagne. Un jour, en plein hiver, Léona dite Léo, une adolescente allemande de 15 ans (incarnée par la Berlinoise Juli Grabenhenrich, pour la première fois à l'écran) fait irruption dans sa vie. Elle vient de faire une fugue après avoir découvert sur YouTube une vidéo de son père qu'elle n’a jamais connu et que sa mère lui cachait. Elle se retrouve seule en Italie face à un père gêné et réticent et qui ne parle pas sa langue.


Elle a beaucoup de questions à lui poser mais elle ne sait pas si elle veut connaître les réponses. Elle découvre en outre que son père biologique a une petite fille conçue avec son ex compagne dont, à ses yeux, il semble s’occuper très bien et avec beaucoup de tendresse. Léo n’en n’est que plus furieuse d’avoir été rejetée par ce père qui n’a pas voulu assumer ses responsabilités après une aventure estivale avec une jeune allemande.


Le cœur du film bat au rythme de la lâcheté de ce père biologique. À 21 ans, il a fait le choix de la démission. Sous prétexte d’être « trop jeune » et de ne pas être « prêt » à élever une enfant. Il a abandonné sa progéniture et laissé derrière lui un vide que la mère a accepté de combler, seule.


Le film souligne avec justesse ce privilège masculin : celui de pouvoir choisir sa parentalité, là où la mère, elle, a embrassé sa responsabilité sans filet. Cette opposition entre l’absence volontaire et la présence inconditionnelle pose les bases d'un constat social amer : le soin et la continuité reposent encore trop souvent sur les épaules des femmes.


La jeune Léo déploie une force impressionnante pour interroger ce père absent. Sa démarche est un acte offensif contre l'oubli et le déni. Là où le père s’est muré dans une existence sans compte à rendre, la jeune fille exige des réponses et le confronte à sa lâcheté.


Le récit enrichit son propos en introduisant un second portrait de père inadapté et défaillant, celui du jeune Edoardo (Arturo Gabbriellini). Ce dernier se lie d’amitié avec Léo. Edoardo subit les violences de son père déclenchées par les doutes sur l’identité sexuelle de son fils. Cette violence est révélatrice d’un modèle patriarcal où l’homosexualité n’a pas sa place. Elle témoigne aussi d’une insécurité profonde de certains hommes à accepter ce qu’ils ne contrôlent pas.


« Paternal Leave »n'est pas seulement le récit d'une quête d'identité ; c'est le reflet d’une masculinité en fuite, contrastant violemment avec la solidité de celles qui restent. La résilience féminine face à la démission masculine.


Paternal Leaveréussit à montrer que la maturité n'est pas une question d'âge, mais de choix. En mettant en lumière la prise de responsabilité de la mère et la ténacité de la fille, le film rend hommage à cette force féminine qui pallie les carences d'une lignée d'hommes inaptes.

Parce que le film dénonce ces pères démissionnaires, je le classe dans la catégorie « plus jamais ça ».


C.P.