Obsession de Curry Barker (2026) – 1h48

Qui n’a jamais désiré que ses rêves les plus fous se réalisent ? C’est ce qui va arriver à un jeune introverti, Bear, simple employé d’un magasin de musique à la vie triste et morne. Il est éperdument amoureux de sa collègue et amie Nikki. Cependant, sa timidité maladive l’empêche d’avouer ses sentiments à cette dernière. Un jour, il pénètre dans un étrange magasin et tombe sur un gadget de farces et attrapes qui est, soi-disant, capable d’exaucer n’importe quel vœu. Intrigué, Bear achète l’objet et souhaite, sans trop y croire, que Nikki tombe follement amoureuse de lui.
Bien mal lui en a pris, car il aurait dû se rappeler que, contrairement à Aladdin, les souhaits ne se réalisent pas toujours comme nous le voudrions.
Une idée de scénario simple et efficace que l’on croirait tout droit sortie d’un épisode de « Creepshow »ou des Contes de la Crypte. L’idée du vœu qui tourne mal n’est en effet pas nouvelle dans le cinéma d’horreur, mais elle est transcendée par l’inventivité du jeune réalisateur Curry Barker. Un prodige venu de YouTube, où il s’est fait connaître avec ses courts-métrages comico-horrifiques. Un parcours atypique qui lui a permis de réaliser son premier long métrage, “Obsession”. Film à petit budget, ce dernier a pu compter sur des retours dithyrambiques en festival (il a fait la clôture du BIFFF 2026) et sur l’appui du magnat de l’horreur Jason Blum (Insidious, Paranormal Activity, Get Out, …) pour s’assurer une place de choix dans les salles obscures.
Le grand écran constitue d’ailleurs le parfait écrin pour découvrir le spectacle horrifique offert par “Obsession”. Rares sont, en effet, les films capables de générer aussi efficacement une peur durable et prenante. Le réalisateur fait preuve d’un talent fou pour instaurer un climat d’angoisse permanent : utilisation d’un format d’image 4:3 (comme si les personnages étaient prisonniers de l’image), effets sonores tétanisants, scènes chocs et éclats de violence soudains, une grammaire de l’horreur ô combien jouissive et redoutable pour tout amateur·trice du genre.
Tout cela est bien beau, mais là où le récit se démarque, c’est dans la volonté du réalisateur d’utiliser le genre horrifique pour délivrer une fable morbide sur le consentement et l’emprise. En effet, Bear fait le vœu que Nikki tombe amoureuse de lui plus que tout au monde et ce, sans le consentement, bien sûr, de la principale intéressée. Au début, les deux tourtereaux filent le parfait amour. Nikki devient ainsi la parfaite « tradwife », dévouée à son compagnon. Elle n’existe que pour lui et perd toute forme de personnalité.
Cependant, cette passion dévorante et toxique tourne très vite à l’obsession de plus en plus inquiétante : Nikki devient ultra possessive et violente. Elle attend son Bear tel un chien attendant son maître. Après tout, c’est bien lui qui avait souhaité que sa nouvelle compagne l’aime éperdument, envers et contre tout. Bear se rend alors compte de son erreur fatale. Il aurait dû comprendre que le véritable amour consenti n’était finalement pas très loin de lui, au lieu de forcer ainsi le destin.
En construisant habilement ses personnages, le réalisateur refuse de tomber dans toute forme de manichéisme : Bear est plutôt présenté comme un garçon doux et maladroit, dépassé par la situation. Amenant ainsi le spectateurice à se poser la question qui fâche : Sa dépendance affective ne l’aveugle-t-il ? A-t-il conscience que son vœu place Nikki totalement sous son emprise ?
Malgré cet apport de nuances, “Obsession”est à ranger, bien entendu, dans les “Plus jamais ça”. Malheureusement, nombre de femmes sont encore victimes de rapports d’emprise et de relations toxiques. Le réalisateur Curry Barker nous le rappelle douloureusement avec son film. C’est là que réside la véritable horreur, et ce n’est pas de la fiction.
B.C.
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