Moss et Freud de James Lucas (2026) – 1h40.

Le film est réalisé par le britannico-néo-zélandais James Lucas. Il est surtout connu pour le court métrage « Phone Call »pour lequel il a reçu « l’Oscar du meilleur court métrage de fiction », en 2015. La productrice exécutive de « Moss et Freud »n’est autre que Kate Moss elle-même. La mannequin s’est très impliquée dans le projet car elle estime qu’il s’agit d’une histoire très personnelle. Le biopic s’attarde sur une période très particulière de sa vie.
En 2002, Kate Moss (Ellie Bamber) court entre les shootings, les covers de magazines et les défilés de mode. Depuis les « nineties », elle est une « super-top-model », toujours entre 2 avions. Sa vie personnelle n’a plus aucun secret, ses histoires d’amour font la une de la presse people. C’est à ce moment qu’elle rencontre Lucian Freud (Derek Jacobi), un artiste anglais reconnu et exigeant qui refusait de peindre les célébrités (il avait refusé de réaliser le portrait de Lady Di).
Leur rencontre dans un musée donnera lieu à de nombreuses séances de peinture, durant plusieurs mois. Trois fois par semaine, la « top » posera nue pour le peintre, reléguant ses autres activités au second plan. Il en résultera un célèbre tableau, vendu en 2005 pour près de 5 millions de dollars, mais également une grande amitié qui perdurera jusqu’à la mort du peintre en 2011.
« Moss et Freud »met en scène les fameuses sessions de peinture que Kate considère comme « l’un des faits les plus marquants de sa vie ». A cette époque, elle est enceinte de sa fille Lila Grace. Freud peindra son ventre arrondi par la grossesse. Malheureusement, le film se concentre davantage sur la nudité et la pose plutôt que sur le ressenti psychologique de Kate par rapport à la maternité et les changements que subit son corps.
Le réalisateur perpétue aussi le mythe patriarcal du peintre et de sa muse. D’autres films ont déjà abordé le sujet comme « La belle noiseuse »en 1991, « La jeune fille et la perle »en 2003 et plus récemment, « Bonnart, Pierre et Marthe », en 2023. A chaque fois, il s’agit d’un « grand homme » qui exerce une ’ascendance sur son modèle. Ces films font l’apologie d’une relation totalement déséquilibrée. Dans « Moss et Freud », il s’agit d’un vieil homme de plus de 80 ans et d’une jeune femme en perte de repères.
De par son âge, Lucian Freud incarne une sorte de figure paternelle et moralisatrice. Il minimise les activités de Kate, les jugeant superficielles par rapport à son art créatif. Kate est pourtant une femme indépendante qui gère une carrière au sommet. Qu’importe, elle devra se soumettre à son timing. Le film sous-entend que le peintre la « sauve » de sa vie à la dérive et la fait grandir. Une infantilisation du personnage féminin, encore une fois.
N’oublions pas que le « male gaze » transparait tout au long du film. Kate Moss est décrite comme une écervelée, faisant la fête. Une « it girl » attachant beaucoup plus d’importance au physique (forcément, elle est top-modèle) plutôt qu’à l’intellect. Une jolie fille peut-elle être intelligente ? Te souviens-tu de cela, Maryline ?
Que dire des personnages secondaires féminins, peu présents dans le film ? Freud a deux filles dont il s’est peu préoccupé. L’une d’elle est la confidente de Kate mais elle reste invisible aux yeux de son père. Elle aimerait tant attirer son attention. Normal pour un homme de privilégier son travail au détriment de sa famille ? Serait-on aussi indulgent.e s’il s’agissait d’une femme ? Kate a des amies mais elles ne font que passer dans sa vie. La sororité est complètement ignorée dans le film.
James Lucas aborde « un peu » le monde de la mode et de son sexisme. On revoit les images de la jeune Kate de 17 ans, tripatouillée à l’excès par son collègue, lors d’une séance de photos où elle ne pouvait pas porter de soutien-gorge. Le photographe semble trouver cela normal. Elle restera couchée une semaine pour se remettre de ces attouchements sexuels normalisés. Après ? On n’en parle plus… S’est-elle habituée ? Excepté ce moment, plus un mot sur les violences systémiques envers les femmes, dans le milieu de la mode et de l’art.
Un film qui se voudrait féministe en mettant en avant une période charnière de la vie du « top model » Kate Moss mais qui tombe, peut-être par habitude, dans de nombreux clichés patriarcaux. Pourquoi Kate n’a-t-elle pas confié la réalisation à une femme ? Plus jamais ça.
V.M.
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