Made in EU de Stephan Komandarev (2025)

Stephan Komandarev est un réalisateur et producteur bulgare, né à Sofia, et arrivé dans le monde du cinéma à la fin des années 90. Il a reçu plusieurs prix dans son pays et a emmené ses films dans de prestigieux festivals, tels Cannes ou Venise pour son dernier « Made in EU ». Un film dans lequel il s’intéresse à l’univers des couturières.
Iva (Gergana Pletnyova), 43 ans, couturière dans une petite ville, est obligée de cacher qu'elle est malade pour garder son emploi. Après la propagation du COVID-19 dans la ville, tout lui est reproché et elle est diabolisée par la communauté. Le virus se répand et les décès qui s’en suivent lui sont imputés. Elle devient malgré elle « le patient zéro ».
Le film déroule son action dans une Bulgarie marquée par la montée du populisme (pro-Russe) au début des années 2020. Ses habitant·es sont à cran, et la violence sociale la plus crasse s’abat sur une héroïne qui fait tout pour rester digne.
Ce scénario dramatique est inspiré de situations réelles vécues dans le secteur textile bulgare — notamment des épidémies de Covid-19 qui ont touché de petites usines avec des conditions de travail précaires — mais reste une fiction cinématographique qui amplifie ces éléments pour souligner des problématiques sociales et économiques.
Le réalisateur lui-même a expliqué qu’il s’est « basé sur des vraies histoires » de travail et d’exploitation en Bulgarie. Des milliers de femmes, souvent dans des régions provinciales éloignées des grandes villes européennes, sont la main d’œuvre principale. Elles sont interchangeables car le travail manque dans cette région éloignée de la capitale. Des femmes sur qui on fait aussi peser, en criant bien fort (toujours mieux !), qu’une délocalisation pourrait arriver si elles ne se sont pas assez robustes, autrement dit, si elles se permettent de tomber malades alors que toute une production de jeans et de manteaux attend.
En plus d’exposer la difficulté du rôle de parent solo, le film « Made in EU »rappelle que les salaires de ce genre d’usine sont parmi les plus bas de l’Union européenne et les conditions de travail peuvent être précaires, avec des contrats informels ou des protections sociales limitées pour certain·es travailleurs et travailleuses. Les femmes bulgares représentent une très large majorité de cette main-d’œuvre — environ 86 % des salariés dans le secteur.
Selon certaines analyses, le secteur est parfois qualifié de « sweatshop » (atelier de misère) de l’Europe, notamment parce que la production pour de grandes marques européennes repose souvent sur une main-d’œuvre à bas coût.
La Bulgarie a le coût horaire du travail le plus bas de toute l’Union européenne, nettement en dessous de la moyenne européenne (environ 10,6 € l’heure contre une moyenne de 33,5 € dans l’UE). « Made in EU »nous jette en pleine figure que ce sont souvent des femmes issues de zones rurales ou de conditions socio-économiques précaires qui se tournent vers ces emplois parce qu’ils sont parfois les seules opportunités locales.
Une mise en lumière — à travers la fiction — de dynamiques économiques et sociales bien documentées.
Même si la dignité du personnage féminin principal est admirable, nous ne pouvons que classer ce film dans notre rubrique « Plus jamais ça » au regard de ce qu’elle subit, tant dans ses conditions de travail que dans le non-soutien qu’elle reçoit lorsqu’on lui reproche d’être porteuse du Covid-19.
L.L.
Copyright © Tous droits réservés