Mémoire de fille de Judith Godrèche (2026) – 1h57

Judith Godrèche est une actrice, scénariste, réalisatrice et militante féministe français née à Paris en 1972. Elle a joué dans de nombreux films comme « Ridicule »en 1996, « L’homme au masque de fer »en 1998, « L’auberge espagnole »en 2002, « Nuit blanche entre amis »en 2015,… Avant « Mémoire de fille », elle avait réalisé un premier long métrage, « Toutes les filles pleurent »,en 2010.


En 2024, elle a pris la parole pour dénoncer les violences faites aux femmes, par les hommes, dans l’industrie du cinéma. Elle refuse cependant d’être considérée comme une icône du mouvement féministe. Elle s’adonne à présent à l’écriture. « Ecrire, ce n’est pas seulement raconter, c’est tenter de réparer, de comprendre et de reprendre le contrôle d’un récit, trop souvent marqué par le silence ».

« Mémoire de fille »est inspiré du livre éponyme écrit d’Annie Ernaux, écrit en 1982 et publié 34 ans plus tard, en 2016. Il s’agit d’un récit autobiographique de l’autrice qui relate ses souvenirs de l’été 1958, quand elle allait avoir 18 ans.


Annie Ernaux revient à Rouen, la ville de son enfance. Elle doit participer à une séance de dédicaces de son dernier livre. Elle replonge alors dans ses souvenirs…


Annie (Tess Barthélémy) est une jeune provinciale, ses parents sont bouchers à Rouen. Comme toutes les filles de son époque, elle fréquente les écoles catholiques. C’est une jeune oie blanche qui ne connaît rien à la vie. Il ne faut rien dire aux filles. Pas besoin, elles seront de bonnes mères et de bonnes épouses. Heureusement, il y a les livres mais encore faut-il pouvoir les choisir. Il y a aussi les disques. Annie chante à tue-tête dans sa chambre, au grand désespoir de sa mère. Et puis, il y la bonne copine à qui se confier et surtout, le journal intime à qui on en dit encore plus.


Cet été, Annie va devenir aide monitrice dans un centre de vacances pour jeunes enfants. Elle attend ce moment avec impatience. Enfin, elle va rencontrer des filles libres et émancipées. Elle va connaître d’autres jeunes de son âge. Ça va être magnifique.


Mais les choses se passent tout autrement. Les garçons et les filles se connaissent déjà, ce n’est pas leur première colo. Annie veut vraiment faire partie du groupe. Elle est un peu godiche, elle se sent à l’écart. Elle veut qu’iels l’acceptent.


Le chef moniteur, H (Victor Bonnel), a la réputation de « se faire » toutes les nouvelles. L’individu est un pur goujat. Annie est vierge, il n’a aucune délicatesse. Il ne veut qu’assouvir son besoin. Il ne lui parle pas. Une vierge, c’est un trophée. Comme il n’arrive pas à la pénétrer, il la laisse. Pas si intéressante que ça finalement. Pour Annie, c’est sa première nuit avec un garçon. Elle croit qu’elle est amoureuse et elle va attendre le retour du pseudo Don Juan.


Mais le mal est fait. Si le bellâtre se vente de ses conquêtes et que ça lui donne de la notoriété, il n’en est pas de même pour Annie. Elle a acquis une réputation de « fille facile ». Les autres garçons aussi vont essayer. Pas de notion de sororité. Les filles vont la harceler, l’insulter, la rejeter. C’est une pute. Le désir tout neuf de la jeune fille a été confronté à la violence masculine. Et puis, c’est la honte. La honte pour elle, pas pour lui.


A son retour, Annie attend toujours. Elle ne mange plus, elle n’a plus ses règles, les études ne l’intéressent plus. Elle n’a pas encore mis un mot sur ce qu’elle a vécu. Il lui faudra du temps pour comprendre que c’était un viol.


Plus jamais ça ! Des filles maintenues dans l’ignorance et dans l’attente d’un prince charmant. Combien parmi elles croient encore qu’il faut « coucher » avec un garçon pour qu’il les aime. Combien de femmes pensent encore qu’il faut simuler pour que leur conjoint ne les quitte pas. Il est plus que temps que la gent féminine pense à elle, à ses besoins et ses envies plutôt qu’à celles des hommes. L’éducation patriarcale a la vie dure !


V.M.