Love me tender d’Anna Cazenave Cambet (2025)

Anna Cazenave Cambet est une réalisatrice française née en 1990. Son court métrage « Gabber Lover » a décroché la « Queer Palm » à Cannes en 2016. Après « De l’or pour les chiens » (2020), « Love me tender » est son second long métrage. Il est librement inspiré du livre éponyme de Constance Debré (Editions Flammarion, 2020). Sélectionné à Cannes dans la section « Un certain regard », le film a remporté « Le Prix de la Jeunesse » au Festival de Cabourg en 2025.
Vicky Krieps, qui tient le rôle principal, a été nommée pour le prix de la Meilleure actrice aux European Film Awards qui seront décernés le 17 janvier 2026 à Berlin.
Clémence (Vicky Krieps) et Laurent (Antoine Reinartz) sont séparés. Pour le bien-être de leur fils de 8 ans, Paul, ils entretiennent des contacts amicaux. Pas de jugement, le petit garçon passe une semaine chez papa et une semaine chez maman. Clémence a quitté son métier d’avocate pour écrire. Elle aime aussi les femmes. Lorsqu’une de ses amantes lui demande « Pourquoi t’es-tu mariée et de plus, avec un homme ? », elle répond « On faisait comme ça avant… ».
Un jour, au détour d’une conversation, Clémence dit à Laurent qu’elle entretient des relations amoureuses avec des femmes. Tout d’abord, ça le fait rire et puis ça l’excite. Des femmes qui baisent ensemble, ça a toujours excité les petits machos. Il lui refait des avances auxquelles elle répond : « Et si on divorçait plutôt ? ». L’orgueil du mâle est touché. A partir de ce moment, Clémence va commencer une descente aux enfers.
Paul ne veut plus aller chez sa mère ! Il refuse de lui parler et de la suivre lorsqu’elle vient le chercher chez son père. Il lui dit qu’il la déteste. Clémence ne comprend pas. Les mois passent, elle ne voit plus son fils. Laurent a déposé plainte pour inceste et pédophilie envers l’enfant. La juge demande une expertise psychologique de toute la famille. Cela va prendre du temps et durant tout ce temps, Paul reste chez son père.
Clémence ne vit plus. Toute son énergie est consacrée à essayer de grapiller quelques moments avec Paul, dans une maison familiale, sous le regard de la directrice et de l’assistante sociale, « comme les pères qui brutalisent et violent », dira-t-elle. C’est le combat d’une femme innocente qui doit prouver qu’elle n’est pas coupable de l’horreur dont on l’accuse.
L’expertise psychologique montre que Paul est manipulé par son père, qu’il aime sa mère et que cette dernière est tout à fait apte à s’en occuper. Clémence récupère un droit de visite classique mais Laurent en a décidé autrement. Paul subit l’aliénation paternelle.
Vicky Krieps est époustouflante. Au fil des mois et des années, son aspect physique évolue, traduisant l’épuisement progressif qui la mine. Elle a peur de toute interprétation à son égard. Elle ne se permet plus rien pour être irréprochable. Tout est focalisé sur Paul, voir Paul, même quand ça ne se passe pas très bien. On suit un vrai processus de deuil. Clémence passe par tous les stades : l’incrédulité, l’incompréhension, la révolte et finalement la résignation qui va lui permettre de se reconstruire.
Le film fait écho à « On vous croit » de Charlotte de Villers et Arnaud Duffeys. Dans ces deux films, des mères se battent pour le bien de leurs enfants. Elles hurlent pour être entendues par une justice lente et dépassée. L’une défend ses enfants face à un père incestueux, l’autre se défend des accusations infondées d’inceste portées à son égard.
Le film porte un regard et une réflexion sur le rôle donné aux femmes, encore à notre époque. Il met l’accent sur les injonctions et les exigences qui pèsent sur les mères. On ne leur pardonne rien. Elles doivent être parfaites. Clémence est punie pour avoir voulu s’émanciper dans un monde encore très homophobe.
On devrait pouvoir être femme, mère et libre ! Une femme avec ses choix et ses envies, ses forces et ses faiblesses, ses défauts et ses qualités.
En demande-t-on autant aux hommes ?
V.M.
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