Los Domingos de Alauda Ruiz de Azúa (2026) - 1h57.

La cinéaste basque espagnole Alauda Ruiz de Azúa s’est déjà imposée comme une voix féministe pour disséquer les maux silencieux infligés aux femmes, notamment à travers sa série Querer(2025) qui interrogeait le viol conjugal.
Avec « Los Domingos »(Les Dimanches), couronné par « La Coquille d'Or » à Saint-Sébastien et « L'Antigone d'Or » à Montpellier, elle revient au cinéma pour explorer un autre type de soumission. Nommée à de multiples reprises aux « Prix Feroz » et grande favorite de la « 40e cérémonie des Goya », en 2026, cette œuvre s’attaque au sujet de l'emprise spirituelle.
Ainara (Blanca Soroa) a 17 ans. Élève brillante dans un lycée catholique, elle est à l'aube de son baccalauréat et des choix universitaires qui l'accompagnent. Pourtant, à la surprise générale, elle annonce vouloir entamer une période d'intégration au couvent pour embrasser la vie de religieuse. La nouvelle prend tout le monde au dépourvu, révélant en filigrane les dysfonctionnements profonds de son entourage.
D'un côté, il y a son père. Obsédé par ses problèmes financiers et le coût des études universitaires, il accepte la "vocation" de sa fille avec une hâte qui pose question. Cet homme, qui a hypothéqué la maison familiale et déshérité sa propre sœur en dépit d'une promesse faite à leur mère, refuse d'assumer la moindre responsabilité. Il se pose en perpétuelle victime de son sort. On comprend que, pour lui, le couvent n'est pas un appel divin, mais une aubaine économique. Même si on peut entendre la détresse matérielle, hélas, cela illustre parfaitement une forme de lâcheté patriarcale où l'effacement des femmes arrange bien les affaires des hommes.
De l'autre, il y a Maite, la tante d'Ainara (Patricia Lopez Arnaiz). Depuis la mort de la mère de la jeune fille, elle prend soin de sa nièce, portant la charge de l'amour et de l'inquiétude. Bouleversée, elle s’interroge à juste titre : ce "discernement de vocation" est-il vraiment l'idée d'Ainara, ou lui a-t-il été insufflé par les religieux masculins et féminins (le curé, la sœur Pilar, la mère supérieure Isabel) avec qui elle s'entretient depuis des mois ? Maite, lucide, tente désespérément d'ouvrir les yeux de sa nièce. Elle voudrait qu'Ainara expérimente la vie, les voyages, étudie et élargisse ses horizons avant de s'enfermer. Mais face au fanatisme naissant, la logique échoue. Plus elle essaie de la retenir, plus elle semble la perdre. Cercle vicieux.
Au couvent, le discours servi à cette adolescente vulnérable glace le sang. La vie cloîtrée exige l'obéissance totale, la pauvreté, la chasteté et le silence. Lorsqu'Ainara interroge les sœurs sur ses doutes, l'une d'elles lui rétorque : « Dieu est comme d’autres maris. Il a ses trucs. Il y a des moments de doute, de lutte, des moments où on a envie de partir, mais ça passe». Ou encore, « Il ne s’agit plus de se contenter mais de contenter Dieu».
Comment ne pas voir, à travers ces répliques, la reproduction exacte des schémas de domination ? On remplace le mari autoritaire par une entité divine toute-puissante, qui « choisit » qui elle veut, comme un berger avec son troupeau. Ainara, endoctrinée par une mère supérieure qui exerce sur elle une emprise écrasante, se convainc qu'il est « facile de se soumettre » à un amour aussi grand.
Toute la question du film est là : Ainara se tourne-t-elle vers Dieu par conviction, ou par peur? Cherche-t-elle, à travers cette obéissance aveugle, à panser la blessure indicible de l'abandon maternel ? À 17 ans, la vulnérabilité est immense et la ligne entre le réconfort et le lavage de cerveau est infiniment poreuse.
« Los Domingos »n'est pas (seulement) un film sur la foi. C'est le portrait de la manière dont les structures patriarcales, fussent-elles religieuses, capturent les âmes blessées en leur vendant l'enfermement comme une protection. Encore aujourd'hui, on demande souvent aux jeunes femmes d'être sages, soumises et d'attendre qu'on les choisisse. Pourtant, la véritable liberté ne réside pas dans le choix de son maître. Elle commence lorsqu'on décide de n'en servir aucun. Plus jamais ça.
C.P.
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