La deuxième fille de Zou Jing (2026) – 2h05

Récompensée lors de « La Semaine de la Critique » à Cannes, en 2021 pour son court-métrage « Lili toute seule », la cinéaste chinoise Zou Jing confirme l’étendue de son talent avec son tout premier long-métrage « La Deuxième fille ». Le film a été présenté au Festival du film de Cabourg en 2026.Elle signe un drame d'une grande puissance, qui parvient à mêler l’intime et le politique afin de dénoncer l'un des grands drames humanitaires du XXe siècle.
L’histoire débute dans les années 1980, en Chine, et s’étale sur plus d’une décennie. Nous y suivons Wang Juan (Li Gengxi), une gamine vive qui vit seule avec sa mère dans une province rurale. Mais sous le ciel de la Chine de cette époque, naître fille est une malédiction démographique. En pleine application de la politique de l’enfant unique, les dynamiques patriarcales traditionnelles ont scellé le sort de millions de femmes.
Là où les garçons — désignés comme de précieux « petits empereurs » — étaient espérés, choyés et préservés, pour perpétuer le nom et l'économie familiale, les filles sont devenues indésirables, voire jetables. Le film lève le voile sur cette tragédie systémique : avortements sélectifs de masse, infanticides passés sous silence, abandons massifs et adoptions forcées.
Lorsque la mère de Juan tombe enceinte de son nouveau compagnon, la sentence tombe pour la fillette : elle doit céder sa place. Elle est confiée à un couple d'une grande ville côtière. Si sa nouvelle « mère » déploie des trésors d’attention, son mari alcoolique est totalement indifférent. On comprendra plus tard que ce couple compense la perte d'une fille naturelle, morte à l’âge de 7 ans.
La trajectoire de Juan est une succession d’abandons et de relocalisations forcées. L'adolescente subit une véritable dépossession identitaire. On change son nom, on efface ses origines, on redessine son histoire au gré des adultes qui la traversent. Comment se construire, trouver sa place et savoir qui l'on est lorsque la société tout entière vous répète que vous n'êtes personne ?
Adolescente rebelle, Juan va également subir une agression sexuelle. Une violence de plus qu’elle dissimule, qui la détruit intérieurement, mais qui fait écho à la violence structurelle qu'exerce l'État sur le corps des femmes. À chaque fois que l’on pense avoir cerné les enjeux, de nouveaux rebondissements viennent redistribuer les cartes.
Malgré la noirceur du sujet, « La Deuxième fille »évite le piège du misérabilisme grâce à la dignité qu'elle insuffle à son personnage. Juan n'est pas qu'une victime, c'est une survivante en quête ardente d'appartenance, d'amour et de vérité.
Le film est porté par la magnifique interprétation de Li Gengxi « Résurrection »(2025), oscillant entre colère sourde et vulnérabilité bouleversante. Un premier film poignant sur la condition féminine. Il redonne un nom et un visage aux filles oubliées et sacrifiées de l'histoire chinoise. À voir absolument et à classer dans la catégorie « Plus jamais ça » !
C.P.
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