La vierge à l’enfant de Berivan Binevsa (2025)

Binevşa Bêrîvanest une réalisatrice et scénariste née à Istanbul en 1997. Elle a suivi des études universitaires en cinéma. Elle est connue pour le documentaire « Traces - le peuple du Paon »et le court métrage « Phony story »qui ont été sélectionnés dans de nombreux festivals internationaux. « La vierge à l’enfant »est son premier long métrage.
Avesta (Hêvîn Tekin) arrive à Bruxelles, elle sort de la camionnette d’un passeur. Elle semble effrayée. Elle est enceinte. Elle est aux abois. Elle entre dans un magasin avec un couteau et en ressort en courant. Qui est-elle ? Que s’est-il passé ?
Petit à petit, on va comprendre le besoin de vengeance de cette femme yézidie qui a fui l’enfer de Daech et a retrouvé la famille de son bourreau, à Bruxelles. Elle a connu l’esclavage sexuel et la preuve est l’enfant qu’elle porte, l’enfant d’un monstre.
Dans un premier temps, Avesta est mutique, son regard noir trahit la douleur, la colère et la haine. Peu à peu, elle va se confier à la psychologue mandatée par la justice - elle est sur le banc des accusé.es, suite à l’agression au couteau. La jeune femme va revenir sur ses souffrances et l’obligation de devenir la mère de l’enfant de son tortionnaire. Qu’importe, elle veut se faire entendre à tout prix pour que ses bourreaux soient condamnés.
Il ne s’agit pas ici d’un film sur une femme belge partie servir Daech et de retour au pays mais bien d’une femme kurde, enlevée dans son propre village et réduite à l’esclavage sexuel par des membres de Daech. Son bourreau est un djihadiste d’origine belge. Pour ses crimes, elle veut qu’il soit jugé en Belgique.
L’enfant est né, c’est un garçon. Comment considérer le fils de son violeur ? Dans un premier temps, elle refuse de le voir. Elle l’appelle « détritus » dans la langue de son pays. Il ressemble son père. Mais cet enfant doit-il perpétuer la douleur et l’infamie ou bien, une nouvelle famille et une nouvelle vie pourront-elles lui permettre d’exister ? Le film soulève la situation complexe de toutes les femmes devenues mère dans la haine et la violence. Comment concilier ces sentiments avec un enfant ?
« La vierge à l’enfant » est une ode à la sororité. Ce sont des femmes qui vont aider Avesta à s’en sortir : sa compagne de chambre dans le centre d’accueil où elle est hébergée, l’assistante sociale et la traductrice, yézidie comme elle. Les hommes ont commis les atrocités, les femmes s’entraident pour les réparer.
Encore et toujours un film qui dénonce les violences faites aux femmes mais elles sont tellement légion, partout dans le monde. Les femmes restent des objets qu’on viole, violente et tue à souhait pour anéantir des populations ou simplement les femmes elles-mêmes. Le viol n’est-il pas considéré comme une arme de guerre ?
Plus jamais ça !
V.M.
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