If I Had Legs I'd Kick You de Mary Bronstein (2025)

“Une mère au bord de la crise de nerfs”, c’est par ces termes que l’on pourrait résumer : “If I had legs I’d kick you” réalisé par Mary Bronstein. A l’aide d’une mise en scène immersive, la réalisatrice nous plonge dans le quotidien de Linda, une thérapeute au bord du gouffre. Entre un mari absent, une fille gravement malade et un appartement inondé, Linda est complètement dépassée par la situation, l'enfonçant ainsi dans une spirale d’angoisse et de détresse. La charge mentale l’écrasant au quotidien.
Réalisé par l’américaine Mary Bornstein, “If I had legs I’d kick you”est son second long métrage, 17 ans après “Yeast”, un road-movie au féminim sorti dans la plus stricte intimité. Un long passage à vide qui illustre bien la difficulté pour nombre de réalisatrices de poursuivre leur carrière après l’échec d’un premier film.
“If I had legs I’d kick you”(Si j’avais des jambes, je te donnerais un coup de pied), un titre énigmatique en forme de métaphore sur la charge mentale. Le portrait d’une femme qui perd pied face aux difficultés de son quotidien : Sa fille refuse de s’alimenter et doit être nourrie par tube, ce qui nécessite un suivi médical minutieux. Comme si cela ne suffisait pas, Linda retrouve son appartement complètement inondé avec un trou béant dans le plafond. Situation désespérée qui l’oblige à emménager dans un motel miteux. Ajouté à cela, un entrepreneur négligeant qui s'éclipse en plein travaux, un accident de voiture et un hamster teigneux, le sort semble s’acharner sur la jeune femme.
Face à cette situation, Linda aurait grand besoin d’un soutien matériel et psychologique. Or, personne ne comprend son désespoir. Que cela soit son psychologue impassible ou bien encore, l’inflexible médecin de sa fille qui lui impose des séances de thérapie parentale.
Des professionnels de la santé qui ne soutiennent guère Linda malgré ce qui s’apparente à des appels à l’aide. Un désespoir qui poussera, d'ailleurs, Linda à trouver du réconfort dans des plaisirs artificiels (alcool et drogue).
L’une des grandes forces de Mary Bornstein est d’immerger les spectatrices dans la psyché troublée d’une femme à bout. Une mise en scène sensorielle où tout tourne autour de la protagoniste principale : gros plans, sentiment d’enfermement, sons stridents, cris et pleurs de sa fille (qui est d’ailleurs invisible à l’écran). Tout concorde pour faire ressentir la lourde charge mentale de Linda et, de manière générale, les difficultés des mères seules jonglant, non sans difficulté, entre vie professionnelle et vie personnelle.
Un personnage principal loin de l’image de la mère parfaite souvent véhiculée par le cinéma. Linda donne en apparence une image antipathique, détachée des événements. Cependant, c’est bien vite oublié les sacrifices qu’elle doit faire, montrant ainsi tout l’amour qu’elle porte à sa fille. Un personnage complexe qui doit beaucoup à l’interprétation de Rose Byrne (justement récompensé par un Golden Globes). Une actrice souvent cantonnée à des rôles dans des comédies potaches (“Mes meilleures amies” de Paul Feig, “Nos pires voisins” de Nicholas Stoller) et qui trouve ainsi un rôle à la mesure de son talent.
Au final, un récit immersif en forme de parcours du combattant, qui illustre le chemin semé d'embûches auquel sont confrontées nombres de mères, bien seules face à leurs problèmes. Le chemin est encore long pour que la charge mentale n’incombe plus en trop grande partie aux mères. Une égalité dans la répartition des tâches relatives à l’éducation des enfants pourrait déjà améliorer la situation de beaucoup de femmes.
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