Hurlevent de Emerald Fennell (2025)

Hurlevent d’Emerald Fennell (2026)

 

Unique et célébrissime roman d’Emily Bronté, “Les hauts de Hurlevent” n’a eu de cesse, à l’image de ses personnages, de déchaîner les passions à travers son récit fiévreux et passionnel. La rencontre fusionnelle et dangereuse entre Catherine Earnshaw et Heathcliff, deux jeunes adultes ayant grandi côte à côte. Une romance légendaire sur fond de passion absolue, de vengeance et de conflits sociaux, le tout baignant dans une atmosphère tempétueuse reflétant la violence et la sauvagerie des émotions éprouvées par les personnages.

 

Un classique de la littérature qui a marqué durablement le monde des arts et de la pop culture. De ses nombreuses adaptations cinématographiques (la première datant de 1939) à la chanson “Wuthering Heights” de Kate Bush, le roman a influencé la conscience collective de par son empreinte indélébile. Tout cela amène la réalisatrice Emerald Fennell à en proposer sa propre réinterprétation du roman. Une relecture voulue comme audacieuse et pensée comme une mise en image de l’impact du roman sur la réalisatrice, découvert à l’adolescente en pleine construction affective et émotionnelle. 

 

Loin d’être une novice, Emerald Fennell revient ici à la réalisation avec son troisième long métrage. Par le passé, le public avait pu découvrir l’étendue de son talent avec “Promising Young Woman” (un thriller avec Carey Mulligan en traqueuse de violeurs) et “Saltburn”, une relecture trash de la lutte des classes. Des réalisations marquées par le style unique et provocateur de sa réalisatrice, une marque de fabrique qu’elle choisit de transposer pour sa libre adaptation des “Hauts de Hurlevent”.

En ce sens, force est d’admettre qu’Emerald Fennell s’amuse ici à prendre à rebrousse poils les attentes d’un public, venu voir une énième adaptation lisse et policée d’un classique de la littérature. La réalisatrice propose ainsi sa vision punk et clivante du roman : esthétique léchée, expressionnisme baroque, montage tel un clip vidéo, bande originale moderne et pop de Charli XCX. 

 

Des partis-pris visuels auxquels s’ajoute un érotisme chic (très “dark romance”) totalement absent du roman et qui pose question sur sa nécessité. Un choix, néanmoins, pertinent du point de vue d’Emerald Fennell : celle de proposer l’adaptation des “Hauts de Hurlevent” qu’elle aurait voulu découvrir, adolescente, au cinéma. D’où le côté pop, trash, viscéral proposé par cette relecture moderne.

 

Du roman, la réalisatrice en reprend les grandes lignes, celle de la romance ténébreuse et, pour le moins, toxique entre Catherine Earnshaw (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi). Issus de milieux sociaux différents, les deux amants s’aiment d’un amour incommensurable. Bien qu’étant une femme indépendante et forte, les aléas de la vie et de l’époque font que Catherine est obligée d’accepter un mariage de raison avec Edgar Linton. Le début de la fin pour le couple maudit les entraînant dans une spirale de folie et de violence.

 

Au final, on ne peut que saluer la proposition torturée, kitsch, érotique d’Emerald Fennell.  Une totale liberté de ton pour la réalisatrice à mille lieux de tant d’adaptation guindée où absolument rien ne dépasse : une version bancale (la subtilité n’est pas le fort d’Emerald Fennell) mais ô combien originale, qui porte la marque d’une véritable autrice.

 

Cependant, en se centrant sur le récit, une classification dans la rubrique “plus jamais ça” est plus opportune. En effet, malgré la beauté tragique de l’histoire, on ne peut qu'espérer, à l’heure actuelle, qu’aucune femme n’ait plus jamais à affronter pareille relation destructrice ou quand l’amour détruit tout sur son passage. 

 

B.C.




______________________________________________________________________________________________________________


Hurlevent  d’Emerald Fennell (2026)


L’unique roman d’Emily Brontë « Les hauts de Hurlevent » a déjà été adapté à de nombreuses reprises au cinéma. Une adaptation ne doit pas forcément rester fidèle. Ce n’est pas dérangeant si elle prend l’air du temps et les envies de la réalisatrice.

Emerald Fennel est née à Londres en 1985 d’un père créateur de bijoux et d’une mère autrice. Elle est également actrice et créatrice de costumes. Elle a d’ailleurs interprété Camilla Parker Bowles dans la série « The Crown » en 2017. En 2020, elle a réalisé « Promising young woman ». Un film féministe qui a été nommé 4 fois aux Golden Globes et 5 fois aux Oscars avant d’obtenir le prix du meilleur scénario. « Hurlevent » est son troisième long métrage.


Le film débute par une scène de pendaison publique où tout le monde semble bien s’amuser de l’érection du pauvre pendu agonisant au bout de sa corde. La petite Cathy et sa dame de compagnie s’en amusent également avant de rentrer à Hurlevent, le domaine familial, isolé et battu par les vents. Le ton est donné, le film ne fera pas dans la dentelle.

Un « beau » jour, le père de famille alcoolique ramène un jeune bohémien maltraité. Cathy le nommera Heathcliff, comme son frère décédé. Les deux enfants vont devenir inséparables. Iels se protègent l’un l’autre du père de plus en plus violent. Le temps passe, ils deviennent de jeunes adultes.


Cathy, interprétée par Margot Robbie, qui est également productrice du film, est assez agaçante : elle crie, elle frappe, elle court partout avec un visage toujours trempé, soit par ses larmes, soit par la pluie torrentielle qui ne cesse de tomber.
Heathclif a pris les traits de Jacob Elordi, beau ténébreux tout en muscle qui susurre plutôt qu’il ne parle.
Qui de plus glamours pour camper ce couple d’amoureux maudits ?
Pourtant, Margot est trop blonde, trop californienne, trop lisse et Jacob, très beau, très blanc, ne s’est pas encore complètement détaché de son rôle de créature de Frankenstein (Guillermo del Torro, 2025). Quand il s’avance dans la brume, on croit voir arriver le monstre, avec sa démarche hésitante.


Le film veut plaire à la génération actuelle et tous les moyens sont bons. Les décors oscillent entre la masure sordide d’Oliver Twist, le salon des Bridgerton et le château de la Belle et la Bête. Les tenues vestimentaires de Cathy sont à couper le souffle : un peu de l’univers de Baz Luhrmann (Moulin rouge, 2001) en plus rococo. La bande son mêlant électro, musiques « pop » et symphonies romantiques a été composée par Charli XCX (Icône de la pop).


Mais revenons à l’intrigue. Devenue adulte, Cathy veut quitter sa maison de plus en plus décrépie et son père de plus en plus réduit à une épave humaine. Nous sommes en 1847 et à cette époque, pas d’autre solution pour les filles que de passer d’un père à un mari. Elle aime le bel Heathcliff mais ce n’est pas suffisant. Elle va jeter son dévolu sur le riche voisin qui vit seul avec sa pupille. Heathcliff, meurtri, part. Cathy va encore beaucoup pleurer mais finalement, elle se satisfait de sa nouvelle vie dans une prison dorée.

C’est sans compter le retour du héros après quelques années. (Le prince, plus très charmant, revient pour sauver la princesse). Il est riche, il a coupé ses longs cheveux et surtout, il a nourri un esprit de vengeance. De beau mâle musclé et torturé, il est devenu un être malfaisant, avide de sexe et de cruauté. Par vengeance, il va séduire et épouser la jeune pupille naïve. Il va la traiter comme une chienne dans tous les sens du terme. Sous influence, la pauvrette redemandera coups et humiliations. Cette glamourisation de l’emprise et des violences faites aux femmes est insupportable !


De nombreuses scènes érotiques entre les deux protagonistes vont rythmer la deuxième partie du film. C’est une « dark romance ». L’amour est souffrance et mènera à la mort.

Bref, un beau clip esthétique, baroque et érotique mais très superficiel. C’est Roméo et Juliette pour la génération Tik Tok. L’intensité des personnages n’y est pas même si les acteurices sont très beaux à regarder.


« Plus jamais ça » pour les femmes qui ont peu de choix dans la vie si ce n’est le mariage ou la prostitution, hier et aujourd’hui encore. Et pour l’image pseudo-romantique de la jeune fille corsetée qui se pâme et meurt d’amour.


V.M.