Histoires parallèles d’Asghar Farhadi (2026) – 2h19

Le réalisateur et scénariste iranien né en 1972 est un habitué de la Croisette. Sélectionné à 5 reprises, il a déjà été primé 3 fois. Il est vrai que la sélection officielle du Festival de Cannes peine à se renouveler et mise sur les « valeurs sures » plutôt que sur la jeune génération et surtout sur les réalisatrices (qui ne sont cette année que 5 sur les 22 films proposés).
« Histoires parallèles »peut compter sur un casting de choix. Le film s’interroge sur le lien entre la fiction et la réalité. La fiction peut-elle devenir réalité et inversement ? Un sujet complexe où les spectateurices vont quelque peu se perdre, en suivant les destins entrecroisés des cinq personnages principaux.
Sylvie (Isabelle Huppert) est une écrivaine qui vit seule dans son grand appartement parisien. Toute sa vie tourne autour du roman qu’elle écrit. Il parle de sa mère mais l’inspiration lui vient surtout en observant ses voisins d’en face, avec une longue vue. Elle imagine leur vie et la transforme au gré de sa fantaisie. Un petit air de « Fenêtre sur cour »d’Hitchcock (1954). Laurence, sa nièce (Indira Hair) veut vendre l’appartement et pour aider sa tante à faire ses caisses, elle lui envoie Adam, un jeune SDF (Adam Bessa) qu’elle a rencontré dans le métro.
Après une altercation avec la rédactrice en chef de sa maison d’édition (Catherine Deneuve), Sylvie va jeter son manuscrit. Adam le récupère et se l’approprie. Il va alors entrer en contact avec Nita (Virginie Efira) qui a inspiré le personnage d’Anna. Réalité et fiction entrent en collision.
Dans le livre, Anna vit avec Christophe (Pierre Ninez) et elle a pour amant Pierre (Vincent Cassel). Ce sont ses deux collègues de travail dans l’appartement qui sert de studio de bruitage. Dans la vraie vie, les deux hommes sont frères, elle travaille bien avec eux mais elle vit avec Nicolas alias Pierre. Vous suivez toujours ?
Adam laisse son manuscrit (recopié du livre de Sylvie) à Nita, pour connaître son avis. Après lecture, les trois protagonistes ne vont pas manquer de faire le rapprochement avec leur propre existence. De là à ce que Nicolas (alias Pierre) soupçonne son propre frère d’avoir une liaison avec Nita, il n’y a qu’un pas. Un pas que va vouloir franchir Théo (alias Christophe) en essayant de violer Nita.
La fin du film (pas vraiment de suspens, on cherche surtout à s’y retrouver) aborde un sujet ancestral mais combien toujours d’actualité. Nita avoue à son conjoint (Nicolas – Vincent Cassel) que son frère (Théo – Pierre Niney) a voulu abuser d’elle mais ce dernier reste pantois. Il ne peut pas virer son frère de son boulot, il est indispensable. Était-ce la première fois que cela se passait ? Était-ce prémédité ? Toutes les excuses pour minimiser le crime. Finalement, c’est Nita qui quittera son job, les deux frères faisant comme si de rien n’était. Ce moment du film méritait d’être souligné au milieu de l’imbroglio du scénario.
Va-t-on sacrifier le coupable en faveur de la victime quand des intérêts sont en jeu ? Malheureusement, dans ce cas, c’est la fiction qui rejoint la réalité. Combien de plaintes pour viol sont-elles ignorées ou classées sans suite parce que l’homme est important ou fait valoir de nombreuses relations ? Va-t-on compromettre un bel avenir ou une belle situation pour un moment d’égarement ? C’est également le sujet du film « Promissing young women »(Emerald Fennell, 2020).
La présomption d’innocence malgré des témoignages accablants, une justice trop lente et trop laxiste pour les violences envers les femmes ainsi que la prescription font que moult coupables continuent à vivre normalement après avoir gâché des vies. Il faut du courage pour dénoncer mais ce n’est que le début du parcours de la combattante. Le « non-lieu »souvent prononcé est une insulte aux victimes à qui l’on dit clairement que ce qu’elles ont vécu n’a pas eu lieu.
Plus jamais ça ? Il reste un long chemin à parcourir. « La société a plus peur des hommes faussement accusés que des femmes réellement violées ou tuées ».
V.M.
Copyright © Tous droits réservés