Femme de de David Roux (2025)

Scénariste et réalisateur français né en 1977, David Roux est surtout connu pour son long métrage « L’ordre des médecins »en 2019. Le scénario de « Femme de »a été co-écrit avec Gaëlle Macé, scénariste française, membre du « Collectif 50/50 »i. L’histoire est inspirée du roman d’Hélène Lenoir « Son nom d’avant », paru en 1998 


Le film débute par une scène de rue, un peu banale, un peu « normale ». Une jeune femme est accostée par un homme, il est insistant, il la presse et veut la faire entrer chez lui. Elle le repousse et parvient à monter dans un bus. Il l’insulte. Personne ne bouge. Elle pleure doucement.

Il s’agit de Marianne (Mélanie Thierry) que l’on retrouve quelques années plus tard, mariée à un riche industriel (Eric Caravaca) et mère de deux enfants.


Sa belle-mère vient de mourir. « Ce sont tous les médicaments qu’elle prenait qui l’ont tuée », déclare une de ses filles. Le père vit toujours et quoiqu’un peu diminué physiquement, il reste le patriarche, le chef de famille. Mais c’est son fils aîné qui va mener la succession et mettre toute la fratrie devant le fait accompli. Il rachète les parts et c’est lui, à présent, qui va vivre dans la maison familiale. Sa femme s’occupera du père, qui demande des soins constants. C’est ainsi, toustes n’ont qu’à se conformer à ses décisions. Tel père, tel fils !

Une seule femme s’y oppose, toujours cette sœur qui ne marche pas droit ! « Tu n’es qu’une vieille fille hystérique »lui dira son cher frère avant de la bannir du clan familial. C’est pourtant une grande avocate, célibataire par choix.


Nous n’en avons pas encore fini avec le patriarcat ! Il se transmet de génération en génération, quel que soit le milieu social.


C’est important d’avoir un garçon pour qu’il reprenne le flambeau, pour que la transmission soit assurée. Les hommes ont tous les droits et tous les pouvoirs, ce sont eux qui prennent toutes les décisions. Et les femmes ? Ce qu’on attend d’elles ? Qu’elles soient les plus discrètes possible, pas de bruits, pas d’éclat. Ne deviennent-elles pas aussi une possession quand, lors du mariage, elles prennent le nom du mari ? Cette pratique est encore assez courante et pourtant, perdre son identité, ce n’est pas anodin.


Mais elles sont heureuses voyons ! Elles ont une belle vie. Elles ont tout ce qu’elles désirent. Elles n’ont même pas besoin de travailler. Et si ça ne va pas, il y a les HP, les anti-dépresseurs,… Dommage que les électrochocs et la lobotomie ne soient plus d’actualité, c’était le bon temps !iiParfois, les plus faibles se suicident, dommage ! Dans la famille, on chuchote qu’une tante s’est donné la mort en se noyant avec des cailloux dans les poches mais shut !


C’est dans cet univers que Marianne essaie de survivre. Son riche mari est souvent absent pour son travail mais ses journées sont bien remplies. Elle est au service du beau-père qui la réclame sans cesse. Elle est l’aide-soignante gratuite. Elle accepte et obéit, s’offrant une petite coucherie occasionnelle avec le jeune beau-frère, moins impacté par l’ordre familial. Sa fille (Lila Gueneau – vue dans « A bras le corps », 2025) une ado, déclare que sa mère est morte à sa naissance. Et c’est vrai qu’elle n’est plus très vivante, Marianne ! Combien de temps va-t-elle encore supporter cette vie où elle s’étiole et disparait peu à peu. Son fils, un petit garçon de 7 ans est déjà un fan absolu du grand-père. Les chiens ne font pas des chats.


Pas beaucoup de solutions pour Marianne. Ou bien, elle continue, supportant l’existence à coup de médicaments, d’alcool, de cures de sommeil,… ou bien, elle part. Mais ce n’est pas toujours simple. Je vous laisse découvrir la suite.


Plus jamais ça, des femmes invisibilisées dans la sphère familiale et/ou professionnelle. Des femmes qui n’ont pas leur mot à dire et subissent une vie qu’elles n’ont pas choisie. Une vie de dépendance, une vie de « Femme de ».


Les « cages dorées » existent et il n’y a pas que les canaris qui arrêtent de chanter.


V.M.