Elise sous emprise de Marie Rémond (2026)

Pour son premier passage derrière la caméra, la metteuse en scène et comédienne Marie Rémond (Molière de la révélation féminine théâtrale 2015) signe un film d'une justesse remarquable.


« Elise sous emprise » est bien plus qu'un récit sur la toxicité de couple, c’est l’emprise, invisibilisée, à plusieurs visages. Elle ronge le corps et l’esprit de celle ou de celui qui la subit. Et ici, la victime est une femme, comme tant d’autres.


Le film nous plonge dans le quotidien d'Élise (Marie Rémond), engluée dans une relation toxique avec son compagnon Léopold (José Garcia). Elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l’assistante.


Submergée par des crises de panique, Élise vacille. Mais peut-être est-ce dans cette confusion qu’elle parviendra à se libérer de ses emprises et à reprendre le contrôle de sa propre vie ?


Elise est une femme qui, paradoxalement, dirige une troupe de théâtre tout en étant réduite au rôle de spectatrice de sa propre vie. Si le personnage de Léopold incarne la figure classique du "pervers narcissique" — dominant, menteur, étouffant, contrôlant — le regard féministe de Marie Rémond va plus loin.


L'emprise est systémique. Elle se niche dans le silence imposé par le directeur du théâtre qui finit les phrases d'Élise à sa place, fait les questions et les réponses sans la laisser s’exprimer ou dans ces acteurs qui contestent son autorité. Le film illustre parfaitement ce que de nombreuses femmes vivent : le "maintien sous cloche" où la parole est confisquée, rendant la victime étrangère à ses propres désirs.

Le corps finit par crier ce que la bouche tait. Parfaitement illustré dans le récit par les crises de paniques répétées d’Elise. Marie Rémond a mis des éléments autobiographiques et s’est inspirée de son propre vécu. Présente lors de la projection, elle précisera qu’elle a interrogé plusieurs personnes vivant des situations similaires pour construire son film. Ces moments de sidérations sont des actes de résistance du subconscient. Elle y ajoute toute une série de métaphores et de symboles subtils et fort intéressants : le casque de moto qu’Elise oublie d’enlever. Objet de sécurité, il est un rempart contre le monde extérieur agressif mais devient aussi le symbole de son propre enfermement et isolement. Le bandage : suite à une chute, Elise porte un pansement à la tête qu’elle refuse d’enlever. Il rend visible son trauma. Il légitime sa souffrance aux yeux des autres. Mais aussi, les chèvres myotoniques : ce parallèle animalier est bouleversant de vérité. Comme ces chèvres qui se figent face au stress, Élise est victime d'une paralysie traumatique. Ce n'est pas un manque de volonté, c'est une réaction physiologique à la violence psychologique.


Au milieu de ce chaos, deux figures apportent l'oxygène nécessaire : une figure masculine saine et apaisante qui deviendra son ami. Il ne sauve pas Elise, il lui offre l’espace nécessaire pour être qui elle est, et se sauver elle-même. Ainsi que le personnage de Nina, la fille de sa meilleure amie. Une gamine lumineuse et imaginative qui permet à Elise de se reconnecter à l’instant. Elle ramène à la fois du jeu et de la gaité dans la vie d’Elise, mais elle est aussi un refuge. Elise préfère la compagnie de Nina à celle des adultes oppressants.


L’explication médicale du « circuit infernal » du cerveau apporte une note nécessaire : la compréhension du mécanisme est le premier pas vers la sortie. Enfin, le récit explore la dépossession de soi et la réappropriation de sa propre existence. Il montre également que pour reprendre le contrôle de sa vie, il faut parfois accepter que le corps lache. Un électrochoc nécessaire pour que l’esprit puisse enfin se rebeller et guérir.

Marie Rémond réussit son passage au long métrage en évitant de tomber dans le pathos pour privilégier le réalisme. Ce film, sensible et très réussi, met en lumière à la fois le fléau et le remède pour s’en sortir. Trop de femmes vivent encore dans l’aliénation ou l’emprise, sous des multiples formes. Raison pour laquelle la catégorie « Plus jamais ça » est à privilégier ici.


C.P.