Die my love de Lynne Ramsay (2025)

C’est dur d’être mère ! Entre la fatigue de la grossesse et le choc de l’accouchement, les hormones complètement déboussolées, les pleurs incessants d’un bébé et la vie qui change complètement, ce n’est pas facile de retrouver ses repères. Il faut reprendre le cours de son existence mais parfois, c’est trop et certaines sombrent dans la dépression post-natale.


Un sujet souvent abordé ces derniers temps et pas toujours avec succès. « Mother’baby » de Johanna Moder (2024) et à présent, une nouvelle approche par Lynne Ramsay avec « Die my love ».

Après quelques courts métrages primés de nombreuses fois, la réalisatrice britannique, née en 1969, a signé plusieurs films dont le dérangeant « We need to talk about Kevin » en 2012 et « You were never really here » en 2017. Presque une décennie de silence et elle revient avec « Die my love » qui a été présenté en compétition officielle à Cannes en 2025. Le film est librement inspiré d’un roman de l’autrice argentine Ariana Harwicz, paru en 2012 et il a été produit par Martin Scorsese.


Grace (Jennifer Lawrence) et Jackson (Robert Pattinson) s’installent dans une vieille maison isolée, à la campagne. Elle est écrivaine et lui, musicien. Iels quittent la vie tumultueuse new-yorkaise. Le couple est passionnel, iels vivent une relation assez sauvage et destructrice, basée sur les excès, se pourchassant, se griffant, se mordant et faisant l’amour sur des musiques punk poussées au maximum. Grace tombe enceinte.


Avec l’arrivée du bébé, la fougue qui les liait va s’atténuer, au grand désespoir de la jeune mère. Elle veut retrouver sa vie d’avant mais au lieu de cela, elle traine toute la journée avec son enfant dans les bras. L’été est étouffant, elle s’ennuie, Jackson est souvent absent pour son travail. Elle va glisser tout doucement vers la folie.


Le contexte est plausible mais Jennifer est bien trop belle pour une jeune accouchée, avec sa taille de guêpe, son teint impeccable et ses longs cheveux blonds et brillants. Pas très crédible. Elle aime son enfant qui le lui rend bien. Le bébé pleure rarement, avale bien ses biberons et dort sagement. Un enfant de rêve qui ne lui prend pas beaucoup de son temps.


Et pourtant, elle a perdu l’inspiration. Son nouvel univers ne lui permet plus d’écrire, elle préfère se masturber à tout bout de champs, reprochant à Jackson de la négliger sexuellement. Bref, elle est belle et animale, très sexuelle et sexualisée. La première image du film où elle marche à quatre pattes, de manière lascive, avec un couteau dans les mains, est un avant-goût de son personnage dans le film.

Elle est comme un animal en cage. Toutes ses actions vont être instinctives, impulsives. Elle se défenestre, elle se dénude lors d’un anniversaire, elle lèche la vitre de la porte d’entrée, elle rampe dans les herbes comme un félin qui va fondre sur sa proie,… Grace ne se conforme pas aux attentes que la société exige des femmes et surtout des mères mais, désobéissance doit-elle rimer avec démence ?

On ne comprend pas très bien l’enchaînement des scènes, on passe d’un souvenir à l’autre et du passé au présent. Les spectateurices s’y perdent. Il faut entrer dans le monde de la jeune femme. Pas facile ! S’agit-il d’une dépression post-natale ou d’une psychose qui sommeillait ? Tout est chaos comme dirait Mylène.


Difficile d’être mère et il est important de le rappeler à une époque où le droit à l’avortement est remis en cause. Même quand l’enfant est désiré, les mères peuvent sombrer. Qu’advient-il lorsqu’on les oblige à poursuivre une grossesse non voulue ou forcée ? Un proverbe africain dit qu’il faut un village pour élever un enfant. Il faudrait repenser à cet adage et prévoir l’accompagnement des jeunes mères plutôt que l’injonction à la maternité.


L’image d’Epinal prônée par les religions est bien loin de la réalité et les femmes savent rarement à quoi s’attendre. On ne mesure pas la difficulté. Nous ne sommes pas toutes des madones à l’enfant.


V.M.