Sorry, Baby d'Eva Victor (2025)


Eva Victor est une réalisatrice, scénariste et actrice américaine d’origine française, née à Paris en 1994. En 2025, elle réalise son premier long métrage « Sorry, Baby » et y tient le rôle principal. Le film a remporté le prix du meilleur scénario au « Festival du Film de Sundance ». Auparavant, elle avait travaillé comme actrice de théâtre et sur des séries TV et des clips musicaux, devant et derrière la caméra.


Agnès (Eva Victor) est une professeure de littérature. Elle vient d’être titularisée lorsqu’elle apprend que sa meilleure amie, Lydie (Naomi Ackie) est enceinte grâce à un don de sperme. Agnès éprouve des difficultés à avancer dans la vie. Elle semble stagner suite au viol qu’elle a subi quelques années plutôt. C’est son ancien directeur de thèse, Preston Decker (Louis Cancelmi) qui l’a agressée sexuellement. Elle ne portera pas plainte. Decker va démissionner de l’Université.


Agnès va accueillir un chat errant et entamer une histoire avec son voisin. Elle vit isolée dans la campagne. Elle se verra même offrir l’ancien poste de son violeur. Tout volera en éclats lorsqu’elle apprendra qu’une autre étudiante avait couché avec le triste individu. Non, elle n’a pas obtenu son poste pour cette raison ! S’en suit une crise de panique insurmontable.


La réalisatrice s’inspire de son histoire personnelle mais insiste sur le fait que c’est une fiction. Elle reprend une phrase de Naommi Ackie : « Le traumatisme est comme une pierre dans une rivière. On ne choisit pas qu’elle soit là et une grande partie de la douleur consiste à s’en débarrasser. Mais c’est en fait impossible : il s’agit vraiment de trouver comment évoluer et évoluer autour de cette pierre ».


Entretemps, Lydie a donné naissance à une petite fille, Jane. Elle l’élève avec son épouse Fran et lorsqu’elles la confient à Agnès, celle-ci s’excuse auprès du bébé « Sorry, baby » pour avoir été mise au monde dans un monde où tous les malheurs peuvent arriver. Elle lui souhaite cependant d’avoir une belle vie.


C’est Eva Victor qui porte le film via son interprétation. Pour montrer ses avancées et ses régressions face à son traumatisme, la réalisatrice a choisi une structure fragmentaire avec une chronologie avant-après assez complexe. Ce n’est pas toujours très clair et on s’y perd souvent.


Le rythme du récit est lent et la personnalité d’Agnès assez étrange. L’humour des personnages, sensé dédramatiser les situations, n’est pas toujours adéquat. Les expressions de la victime ainsi que son attitude tantôt passive, tantôt agressives déroutent un peu.


Je dirai « plus jamais » ça pour les femmes encore nombreuses à être violées et qui n’osent dénoncer leur agresseur pour toutes les mauvaises raisons que ce soit. Se reconstruire dans ces conditions est toujours difficiles. L’impunité du viol implique qu’il continue d’être accepté dans nos sociétés. La culture du viol est malheureusement toujours d’actualité.


V.M.