Samia de Yaselub Salderelli (2025) 


La réalisatrice allemande, née en 1973 est également actrice et scénariste. Son film « Almanya -Willkommen in Deutschland » a été présenté en première américaine au Festival du film de Berlin en 2011 et il a reçu le Prix du cinéma allemand.
« Samia » est son deuxième long métrage.


Le film débute sur des images d’archive illustrant le contexte politique de la Somalie, devenue indépendante en 1960. Depuis la chute du dictateur Siad Barre (qui avait accédé au pouvoir en 1969, suite à un coup d’Etat), le pays doit faire face à des actes terroristes menés par « Al-Shabaab » auxquels s’ajoute une grave crise économique. La population subit des fréquentes attaques à la bombe dans un pays ravagé par la guerre civile.


Evidemment, les droits des femmes ont fait un énorme retour en arrière. Le port du voile est obligatoire et elles ne peuvent plus pratiquer de sports (la mère de Samia avait pourtant joué au foot) mais l’étau se resserre sur les aspirations féminines.


Samia (Ilham Mohamaed Osman) grandit à Mogadiscio et depuis toute petite, elle aime courir. Elle est douée et gagne toutes les courses de la région. Elle vit dans une famille bienveillante qui la soutient malgré un contexte patriarcal. Son père l’encourage et son frère devient son coach.


C’est le chaos dans le pays. Son père va recevoir une balle perdue dans la jambe et sera amputé avant de perdre la vie un peu plus tard, dans un énième attentat. Il venait enfin d’acheter des baskets pour sa fille (un peu de mélo pas vraiment indispensable).


A 15 ans, Samia veut croquer la vie à pleine dent. Elle sait ce qu’elle veut ! Elle veut représenter son pays aux Jeux Olympiques. Elle ne veut pas d’une vie de femme au foyer. Elle dit à son père qu’elle ne se mariera pas.


Elle va courir partout, dans un stade désert, sur une piste criblée de mortiers et durant la nuit pour ne pas être vue. Avec un voile et sans baskets mais qu’importe, elle veut y arriver.


A 17 ans, elle est sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Pékin de 2008 mais elle finira dernière de sa catégorie. Malgré sa bonne volonté, elle ne s’est pas entraînée suffisamment, comme les athlètes des autres pays.


De retour chez elle, elle rêve aux Jeux Olympiques de Londres de 2012 mais la situation s’est encore aggravée. Comme des millions de personnes quittant les pays ravagés par la guerre, elle n’a d’autre choix que de fuir. Elle va alors entreprendre un voyage semé d’embûches, à la merci des « passeurs » malhonnêtes.


Mais elle y croit à son rêve d’un avenir meilleur. Le film est inspiré de la vie de Samia Yusuf Omar. Je ne dévoilerai pas la fin, bien que le sort de Samia Yusuf soit connu, mais outre les entraves pour participer aux JO, la jeune femme ne semble pas trop souffrir de la situation des femmes en Somalie.


Bien sûr, elle doit porter le voile pour sortir mais excepté cela, tout est passé sous silence. Pas un mot sur les mutilations génitales pourtant imposées à la majorité des filles ni sur les mariages forcés dès le plus jeune âge. Elle semble aller à l’école mais on n’en sait pas beaucoup plus.


Un beau portrait de femme qui suit le but qu’elle s’est fixé et tente de l’atteindre quoi qu’il en soit. Mais ce n’est pas toujours suffisant, malheureusement.


Pourquoi tant d’entraves pour que les femmes puissent réaliser leurs rêves ?

V.M.


En Somalie, recul des droits des femmes in https://www.la-croix.com/Monde/En-Somalie-recul-droit-femmes-2020-08-25-1201110685
Un nouveau projet de loi est en cours de discussion au Parlement somalien et autoriserait le mariage forcé des enfants.
Le vice-président du Parlement Abdiweli Mudey a présenté ce projet comme « conforme à la loi et aux traditions islamiques ». Les Somaliens sont musulmans à 99 % mais l’Islam n’autorise pas le mariage avant 18 ans, dans sa compréhension majoritaire.

Pourtant en Somalie, 45 % des femmes sont mariées avant 18 ans, selon les Nations Unies et 98 % subissent des mutilations génitales. Depuis les années 2000, la Somalie fait face à des insurrections islamistes du groupe Al-Shabaab, dont l’un des objectifs est d’instaurer un État islamique et des lois rigoristes, selon leur interprétation des textes sacrés. Ils ont été chassés de la capitale, Mogadiscio, en 2011 mais contrôlent encore des zones rurales où ils imposent leur morale. Certaines femmes et jeunes filles ont été forcées d’épouser des combattants, d’autres ont été asservies. Les violences ne sont pas seulement commises par des groupes radicaux, elles sont aussi le fruit de traditions et cultures fondées sur le patriarcat.

La pandémie de coronavirus a freiné les avancées des droits des femmes. Les acteurs de Plan international ont observé une augmentation massive des mutilations génitales. En raison de la fermeture des écoles, les jeunes filles restent à la maison. Et pour celles qui pratiquent l’excision, celle-ci représente une activité économique de subsistance. « À chaque fois qu’il y a une période d’instabilité, les femmes sont toujours les premières victimes », conclut Julien Beauhaire.