Moon de Kurdwin Ayub (2024)


Née en Irak en 1990, Kurdwin Ayub est une performeuse, scénariste et réalisatrice autrichienne d’origine kurde. Elle a étudié la peinture et le cinéma d’animation expérimental à l’Université des arts appliqués et l’art performatif à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne.


Sa triple nationalité lui offre l’opportunité d’appréhender de manière acérée les différences culturelles entre l’Europe et le Moyen-Orient. Dans son premier long métrage de fiction « Sonne» (prix de la meilleure première œuvre à la Berlinale 2022), elle explore la place des femmes dans le monde contemporain.


Après « Sonne » (le soleil) arrive « Mond » ou « Moon » (la lune). Un même thème pour illustrer non seulement les écarts, mais aussi les similitudes qui existent dans le sort réservé aux femmes quel que soit le contexte socio-politique dans lequel elles évoluent.


Les premières images de « Moon » montrent le dernier combat d’une championne de MMA. Elle tente une reconversion en donnant des cours à des jeunes filles, mais elle a du mal à joindre les deux bouts. Alors, quand l’héritier d’une riche famille jordanienne lui propose de devenir la coach personnelle de ses trois sœurs, elle ne peut pas refuser.


Elle est logée dans un hôtel de luxe avec une superbe vue sur Amman. Un chauffeur vient la chercher tous les jours pour l’amener dans la somptueuse villa où les trois jeunes filles sont enfermées, sans accès à internet et sous la surveillance permanente d’un gardien. Dès son arrivée, elle doit signer un contrat avec une clause de confidentialité : ce qui se passe dans la villa ne doit jamais être révélé. Il est évident, dès le premier jour, que les adolescentes n’ont aucune envie de s’entraîner. Quelques jours plus tard, la plus téméraire des 3 sœurs, Nour (Andria Tayeh), emprunte le téléphone de Sarah pour filmer ce qui se passe dans les pièces interdites. Ensuite, elle lui demande de les aider à s’enfuir.


Le rôle de Sarah est interprété par Florentina Holzinger, une chorégraphe et performeuse autrichienne qui n’avait jamais joué dans un film précédemment. Le scénario final ne lui a pas été communiqué pour plus de réalisme et de spontanéité. Elle crève l’écran. Les autres actrices sont également excellentes. Beaucoup de dialogues ont été improvisés pour capturer l’émotion brute et la vérité des personnages. Kurdwin Ayub réussit à instaurer un climat anxiogène en laissant planer un mystère permanent et en dévoilant progressivement ce qui se passe à l’intérieur de la prison dorée. La violence n’est jamais montrée explicitement mais elle est palpable. Le film se clôture sur une image ambiguë. Sarah est-elle sur une voie sans issue ?


Le film brouille habillement les pistes : la championne de MMA est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. En réalité, ce sont les 3 sœurs qui sont les véritables combattantes. Sarah est-elle vraiment plus libre que Nour, Fatima et Shaima ? Dans toutes ses réalisations, Kurdwin Ayub montre que le comportement des femmes est toujours conditionné par les attentes des hommes, quel que soit le milieu dans lequel elles évoluent. Dans Moon, elle a également souhaité illustrer la sororité qui se tisse entre des femmes de pays et de milieux socio-culturels différents.


Les femmes ont encore de longs combats à mener pour s’affranchir du regard des hommes et ne plus jamais être à leur merci.


A.C.