Moi qui t'aimais de Diane Kurys (2025)


Diane Kurys est une (grande) réalisatrice, scénariste, actrice et productrice française, née le 3 décembre 1948 à Lyon. Sa carrière est marquée par des films culte comme « Diabolo menthe » ou « Coup de foudre ». Elle a réalisé une quinzaine de longs métrages et en a produit une quarantaine. Elle dit aimer les biographies, elle avait d’ailleurs réalisé « Sagan » en 2003 incarné par Sylvie Testud.


Sa dernière venue à Cannes remonte à 1987 pour « Un homme amoureux », alors présenté en Compétition. Elle revient sur la Croisette 38 ans plus tard avec un biopic « Moi qui t’aimais », présenté cette année dans la section « Cannes Classics ».


Le film retrace la relation tumultueuse du couple mythique et légendaire des acteurices Simone Signoret et Yves Montand. L’histoire se concentre sur les 12 dernières années de leur union (de 1973 à 1985). Fortement marquée par la liaison de son mari avec Marylin Monroe, et meurtrie par les nombreuses infidélités qui ont suivi, Simone refuse toutefois le rôle de victime.


Le film évoque leurs convictions politiques communes, les relations d’amitiés qu’ils entretiennent avec des personnalités mais explore surtout la relation de couple passionnée et, à mon sens, très déséquilibrée car extrêmement souffrante pour Simone.


A l’époque de leur rencontre c’était pourtant elle, la femme talentueuse, l’icône du 7ème art, star brillante et rebelle qui aura tout appris à Montand. Ce dernier s’avère être un compagnon de route très volage, lâche et menteur comme un arracheur de dents. On y voit une Simone Signoret dont le cœur et le corps exultent de douleurs, blessés par les trahisons répétées de son mari.


Elle se met en retrait de la vie d’artiste, néglige son apparence (dans une interview de 1978, elle dira « si j'avais été plus soigneuse de moi-même, j'aurai raté des trucs formidables sur le plan professionnel »), se consume à petit feu dans cette spirale destructrice, fume énormément, tombe dans l’alcoolisme, dépérit. Elle ne se résoudra pourtant jamais à quitter Montand alors que ce chagrin lui aura tout pris. Lui, ne peut pas vivre sans elle et reviendra toujours de ses nombreuses escapades.


Marina Foïs et Roschdy Zem prêtent leurs traits à ces deux légendes du cinéma.


Le choix de Roschdy Zem pour incarner Yves Montand semble assez surprenant tant on peine à trouver une quelconque ressemblance physique. Mais ce n’est pas le (seul) problème. Il imite à outrance la gestuelle et la voix de Montand en accentuant son accent chantant et en forçant le trait. Marina Foïs ne cherche jamais à ressembler à l’actrice de la « Vie devant soi ». Elle ne la singe pas. Elle puise avec grande intelligence dans ses émotions personnelles pour exprimer avec justesse les passions, les douleurs, les fragilités et les forces de Simone Signoret. Et l’alchimie fonctionne à merveille, on y croit à fond.


Au travers de la lutte perpétuelle de Simone pour supporter ce qui lui est insupportable, on perçoit l’intelligence énorme de cette femme d’exception, son talent qui crève les yeux, sa force de caractère, son côté rebelle face aux dictats, sa répartie et sa verve légendaires. Elle aime Montand plus que tout, plus qu’elle-même. Elle lui sacrifie tout, sa santé, son talent, son bonheur. En filigrane, on se rend compte que sa situation n’est malheureusement pas un cas isolé. C’est « monnaie courante » dans le milieu, dans l’époque, dans cette société patriarcale.


On décèle aussi les nombreuses inégalités entre les genres, notamment la différence de traitement médiatique, là où Montand est affiché en beau mec séducteur à côté de la plantureuse Maryline Monroe exposée comme un objet de désir, Simone, elle, est placardée à leurs côtés, nettement moins flatteuse en Madame Rosa.


Pour ces raisons, et bien que Simone Signoret ait tout d’une grande artiste, d’une personnalité inspirante, je classerais le film inexorablement dans la catégorie « plus jamais ça ». Pour que plus rien ni personne n’éteigne une femme lumineuse.


C.P.