Jeunes mères de Luc et Jean-Pierre Dardenne (2025)

Il ne faut plus présenter les frères Dardenne, multi récompensés à Cannes. 26 ans après « Rosetta » qui avait remporté la Palme d’or, « Jeunes mères » a reçu le Prix du scénario, comme « Le silence de Lorna » quelques années plus tôt.
Jessica (Babette Verbeek), Perla (Lucie Laruelle), Julie (Elsa Houben), Ariana (Janaina Halloy) et Naïma (Samia Hilmi) sont 5 très jeunes mères célibataires. Leur point commun : elles sont prises en charge dans une maison maternelle qui va les aider à s’occuper de leur enfant ou à le laisser à l’adoption, selon leur choix.
Leurs parcours sont différents mais que faire avec un bébé quand on est seule et qu’on a 15 ans ?
L’une ne connait pas sa mère qui l’a laissée à la naissance, une autre a été placée parce que le beau-père les battait sa mère et elle, une autre a vécu avec une mère alcoolique qui est partie très tôt, une autre encore est rejetée par sa famille musulmane qui n’accepte pas sa grossesse et la dernière est devenue toxico après avoir été violée par son beau-père et pas crue par sa mère. Comment briser la logique du déterminisme social ?
Les pères sont les grands absents de l’histoire.
Les pères des jeunes filles sont inexistants. Leurs mères ne sont pas idéales mais elles ont fait ce qu’elles pouvaient. Silence absolu sur les pères ! Où sont-ils ? L’histoire se répéterait-elle ?
Pour les pères de la génération suivantes, on peut faire le même constat. Ils sont sans doute trop jeunes, les pauvres petits, mais les filles, elles doivent assumer, jeunes ou pas…
Il y en a 3 dont on ne connaît pas l’existence et qui ont disparu dès l’annonce de la grossesse. Un autre (Günter Duret, vu dans « Un monde » de Laura Wandel) va quitter femme et enfant dès sa sortie de prison. Le courage n’est pas sa principale qualité. Un seul tire son épingle du jeu en épaulant son amie. Tous les deux ont connu l’enfer de la drogue et iels s’entraident pour s’en sortir. 1 jeune père responsable sur 5, est-ce dans la moyenne ?
Le film se veut optimiste et sans jugement aucun. Chaque adolescente va gérer la maternité comme elle le peut. Toutes les 5, elles rêvent d’un avenir meilleur pour elles et leur enfant, quel que soit le chemin qu’elles prendront.
Le film ne verse pas dans le mélo avec des gros plans sur des bébés attendrissants. A un seul moment, mais il se justifie, on verra la bouille souriante du marmot. On est loin des anti-avortement qui brandissent des bébés mignons pour faire culpabiliser.
J’étais curieuse de voir comment deux hommes déjà âgés allaient traiter le sujet mais les frères le font avec bienveillance et laissent la porte ouverte au destin de ces jeunes filles.
On ne parle pas ici de grossesses non désirées ni de viols mais de jeunes ados désoeuvrées qui « choisissent » de mener leur grossesse à terme et espèrent beaucoup de la venue d’un enfant (réparer, ne plus être seules, garder un amoureux,…). Le film nous ouvre les yeux sur la précarité de leur situation.
Elles ont toutes plus ou moins subi un abandon et elles voudraient réparer leur histoire grâce à leur propre enfant. Quand le rêve devient réalité, ce n’est pas facile à gérer. Mais combien d’enfant naissent pour de mauvaises raisons, que la mère soit jeune ou pas…
V.M.
Grossesse chez les adolescentes : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/adolescent-pregnancy
• En 2019, on estimait que, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, 21 millions de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans tombaient enceintes chaque année, et qu’environ 50 % de ces grossesses étaient non désirées et donnaient lieu à quelque 12 millions de naissances (1) (2).
• D’après les données pour 2019, 55 % des grossesses non désirées chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans se terminent par un avortement, qui, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, est souvent pratiqué dans des conditions dangereuses (1).
• En comparaison avec les femmes âgées de 20 à 24 ans, les mères adolescentes (âgées de 10 à 19 ans) ont un risque accru d’éclampsie, d’endométrite puerpérale et d’infections systémiques. En outre, les nourrissons nés de mères adolescentes sont exposés à un risque accru de faible poids de naissance, de naissance prématurée et de graves affections néonatales.
• Il existe de plus en plus de données sur les accouchements chez les jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. En 2023, le taux de natalité chez les adolescentes âgées de 10 à 14 ans était estimé à 1,5 pour 1000 adolescentes environ à l’échelle mondiale, mais il était plus élevé en Afrique subsaharienne (4,4) ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes (2,3) (3).
• La prévention de la grossesse chez les adolescentes ainsi que de la mortalité et de la morbidité liées à la grossesse est essentielle si l’on veut améliorer le bilan sanitaire tout au long de la vie, et impérative si l’on veut concrétiser les objectifs de développement durable (ODD) liés à la santé maternelle et néonatale.
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