We were dangerous de Josephine Stewart-Te Whiu (2024)

Un film dramatique néo-zélandais passé inaperçu dans nos salles mais qui mérite largement le détour.
Premier long métrage de la cinéaste Joséphine Stewart-Te Whiu, originaire d’Auckland et basé sur un scénario de l’écrivaine et dessinatrice Maddie Daj.
« We are dangerous »a fait l’ouverture du Festival international du film de Whanau Marama en Nouvelle Zélande en 2024 et a reçu le prix spécial du jury au festival américain « South by Southwest ».
A l’instar de « Magdalene sisters »(Peter Mullan, 2002), le film suit trois jeunes femmes envoyées dans un centre de redressement pour « jeunes filles incorrigibles et délinquantes », dans les années 1950. Deux d’entres elles ont fui un foyer maltraitant et la troisième a été surprise embrassant une autre fille.
Si le premier film cité se passait en Irlande dans les années 1960, Le lieu de détention de nos héroïnes a pour cadre une île isolée de Nouvelle-Zélande, qui abritait jadis une léproserie. Outre un message féministe, la réalisatrice aborde également les classes sociales, les races et la sexualité. Deux des filles sont des Maories. On y évoque les maltraitances envers ce peuple et notamment les stérilisations sans consentement qu’on infligeait aux femmes. Le dispensaire est le théâtre de ces horreurs.
On peut déplorer le manque de réalisme par rapport à la brutalité et la cruauté qui régnaient dans ces établissements ainsi que la pauvreté de l’ancrage historique. Josephine Stewart-Te Whiu a choisi l’optimisme et la légèreté pour dénoncer ces horreurs. Sa mise en scène et son style visuel apportent une bouffée d’air frais.
Les trois jeunes filles ne sont pas fatalistes. Elles cherchent des solutions pour s’en sortir et quitter leur lieu de détention. Elles affrontent l’autorité incarnée par la directrice, une Maorie fervente ayant grandi dans un orphelinat chrétien. Le but de cette dernière est de transformer les pensionnaires en femmes au foyer et en mères soumises. Mais ellesvont se rebeller. Leur amitié sera leur principale force.
L’image de fin est euphorisante. Erana James, Nathalie Morris et Manaia Hall sont époustouflantes. On pleure et on rit avec elles. Elles portent l’intrigue jusqu’au bout.
Je dis, bien évidemment, « Plus jamais ça » pour ces lieux de détention pour jeunes filles (ils ont subsisté jusque dans les années 60) et pour les maltraitances physiques et sexuelles infligées à certaines ethnies mais, comme la réalisatrice, je retiendrai la sororité qui permet de s’en sortir. Et pour ça, je dis « Encore et encore ».
V.M.
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