Sound of falling de Mascha Schilinski (2025)

“Les échos du passé »ou encore « Le bruit de la chute » ou encore« Regarder le soleil en face », le film de Mascha Schilinski est complexe. Plusieurs titres peuvent traduire plusieurs visions. Pour ma part, une seule n’a pas suffi pour que j’appréhende tous les méandres de cette histoire triste, mystérieuse et romanesque.


Mascha Schilinski est une scénariste et réalisatrice allemande née en 1984. « Sound of falling »est son deuxième long métrage, co-écrit avec Louise Peter .Elle a remporté le « Prix du jury »à Cannes en 2025, ex-aequo avec Oliver Laxe (Sirat). Elle est la seule réalisatrice à avoir reçu un prix dans la sélection officielle du festival. C’est « Sound of falling »qui va représenter l’Allemagne dans la catégorie « Meilleur film international »aux Oscars en 2025.


Egalement actrice, elle a travaillé dans un cirque avant de se tourner vers le cinéma. Cependant, elle est diplômée en programme d’écriture de scénario et elle a étudié la réalisation à l’Académie du film de Bade-Wutemberg.


Son premier long métrage « Dark Blue Girl »avait été nommé pour le prix du meilleur premier film au « Festival International du Film de Berlin », en 2017.


« Sound of falling »raconte l’histoire de quatre générations de filles dans un seul lieu, une ferme en Allemagne. L’histoire se passe à différentes époques : un peu avant la première guerre mondiale, à la fin de la seconde guerre mondiale, dans les années 80 et au début du XXIème siècle. Toutes les filles vont passer leur enfance dans la même ferme. Elles vont y subir des agressions sexuelles, de la maltraitance ou encore l’inceste. Le récit n’est pas linéaire, les histoires s’entrecroisent et se répètent. « Les échos du passé »ressurgissent chez chacunes d’elles. La réalisatrice dresse un tableau des violences infligées aux femmes du début du XXème siècle à nos jours. Des changements s’opèrent mais le constat reste malheureusement le même.


La bande son, énigmatique faite de crépitements, de bruits sourds, répétés de manière récurrente, explique peut-être le titre « Sound of falling ».


Pour autant, le film n’est pas austère. Certains moments font penser à Sofia Coppola (Virgin Suicid), Michael Haneke (Le ruban blanc) ou encore Jane Campion (La leçon de piano). On y trouve de l’humour noir, beaucoup de sensualité mais aussi, de la cruauté.

L’histoire débute avec Erika (Léa Drinda), une adolescente boîtant sur une jambe, elle a emprunté la béquille de son oncle amputé. Son père l’appelle pour nourrir les cochons, elle traîne, il la gifle. Erika sourit tristement à la caméra. Le ton est donné. Erika vit pendant la seconde guerre mondiale. Elle est une descendante d’Alma, 9 ans (Hanna Heckt), fille de fermiers austères du début du XXème siècle. Alma est espiègle et fantasque malgré l’atmosphère de souffrances physiques et morales qui marquent sa famille. Son innocence va disparaître peu à peu. Près d’elle, on retrouve Trudi (Luzia Oppermann), une domestique stérilisée de force par les maîtres « pour ne pas être un danger pour les hommes » (qui pourront la violer sans conséquences).


Le film s’attarde aussi sur Irm (Claudia Geisler-Bading), la sœur d’Erika. Nous sommes dans les années 80 et elle est la mère d’une adolescente rebelle, Angelika (lena Uzendowsky). Cette dernière souffre des regards concupiscents de l’oncle lubrique qui la caresse sous la table tandis que sa mère se voile la face et essaie de plaire à tout le monde.


Enfin, au XXIème siècle, la ferme a été rachetée par une famille berlinoise. Les parents et les deux filles n’ont apparemment pas de lien familial avec les occupant.e.s précédent.e.s. Mais le temps et les lieux ont tissé des liens entre les femmes qui y ont vécu. Leurs histoires tragiques, leurs angoisses, leurs peines et leurs suicides ont imprégné les murs.


Les quatre narrations, filmées dans un ordre aléatoire, vont collectivement former une évocation de la jeunesse féminine. Le passé prépare la génération suivante à la brutalité, les abus et la mortalité. Je conclurai par une phrase glanée au fil de mes lecture et qui est très appropriée : « Dans un monde encore dominé par le patriarcat violent, ce qui ne nous tue pas nous rend plus prudentes ».


Une fresque bouleversante sur la révolte féminine, étalée sur un siècle, qui ouvre les yeux et fait un constat alarmant sur les violences infligées aux femmes. « Plus jamais ça » ? Plus jamais un monde ou la moitié de la population opprime l’autre moitié, simplement pour une question de genre.


V.M.