Santosh de Sandhya Suri (2024)


Sandaya Suri est une réalisatrice britannique, d’origine indienne née en 1975. Diplômée en mathématiques, elle a d’abord été enseignante au Japon avant d’étudier le cinéma documentaire. Elle sort son premier film documentaire en 2005, « I for India ». Il sera nominé pour le « Grand Prix du Jury » au Festival du film de Sundance en 2006. « Santosh » est son premier long métrage et le film a été sélectionné dans la section « Un Certain Regard » au Festival de Cannes en 2024.


Ne pouvant tourner un documentaire sur la police indienne, Sandhaya Suri opte pour une fiction qui dénonce les violences faites aux femmes tout en abordant les problèmes de castes et de corruption.


La réalisatrice s’est inspirée d’un viol collectif dans un bus, suivi du meurtre d’une jeune femme, à New Delhi, en 2012. Parmi les policiers chargés de l’ordre lors des manifestations, une seule femme apparaissait. C’est de ce visage féminin que naîtra le rôle de Santosh.


Si Payal Kapadia montrait le quotidien de 3 femmes indiennes dans « All we imagine as light », avec Sandhya Suri, les femmes deviennent actives au sein d’un thriller féministe intense.


Les deux actrices principales sont exceptionnelles et elles tiennent les spectateurices en haleine en campant des rôles diamétralement opposés mais qui se complètent parfaitement.
Shahana Goswami (Santosh) a d’ailleurs obtenu « l’Asian Film Award » de la meilleure actrice.


Le film suit une veuve, Santosh, qui par le biais d’une loi locale en vigueur, va reprendre le travail de son défunt mari qui était gardien de la paix. Ainsi, elle gardera leur appartement et évitera une vie de soumission au sein de sa belle-famille qui la dénigre et la rejette.


Elle reprend sa vie en main et pense encore qu’un travail bien fait permettra de rendre la justice plus égalitaire entre les intouchables et les privilégiés. Idéaliste et naïve, elle va être catapultée dans un monde nouveau et hostile. Elle fait désormais partie du système et elle va subir les humiliations des policiers de haut rang qui pactisent avec les notables des classes supérieures.


En effet, la police est un monde d’hommes, dominée par un système de castes dans lequel les êtres des classes inférieures ou appartenant à une minorité religieuse n’ont pas leur place. De surcroit, les femmes subissent la misogynie au quotidien.


Santosh va découvrir la réalité lorsqu’elle est chargée d’enquêter sur la mort d’une jeune « dalit », une intouchable d’une caste traitée en paria et dont le corps violé a été retrouvé dans un puits.


Fort heureusement, elle va rencontrer Shama (Sunita Chand Rajwar), sa supérieure qui a fait sa place et en impose aux hommes. Celle-ci va la prendre sous son aile.


Santosh va se dévouer corps et âme pour résoudre un féminicide. Elle va faire face à l’incompétence de la police et découvrir les dysfonctionnements du système à tous les niveaux. Elle va aller de déconvenue en déconvenue jusqu’à la désillusion finale.


En voulant donner un sens à sa nouvelle vie, Santosh s’est retrouvée prisonnière d’une réalité qui la dépasse.


En inde, actuellement, on enregistre un viol toutes les 15 minutes. L’Uttar Pradesh (où se situe l’action du film) est l’état qui enregistre le plus grand nombre de plaintes auprès de la Commission nationale des femmes.


Je voudrais dire « Plus jamais ça » mais il reste tellement de chemin à parcourir…


V.M.