L’étrangère de Gaya Jiji (2025)

Gaya Jiji est une réalisatrice, scénariste et actrice syrienne. Son premier long métrage « Mon tissu préféré » (2018), inspiré de ses souvenirs personnels, a été présenté dans la section « Un Certain Regard » au Festival de Cannes en 2018. Il explorait la sexualité d’une femme qui brave les interdits et découvre les fantasmes féminins.
« L’étrangère » est son deuxième film dramatique. Il met à nouveau en scène une femme. Et quelle femme !
Selma (Zahra Amir Ebrahimi) a fui la Syrie en laissant derrière elle un fils de 6 ans et un mari disparu depuis 5 ans, emprisonné dans les geôles du régime. Elle arrive à Bordeaux après un périple dangereux. Elle parle le français couramment car elle l’enseignait en Syrie. Elle enchaîne plusieurs boulots et des heures de travail au noir. Commence alors un nouveau combat pour obtenir le droit d’asile et faire venir son fils Rami. Selma fait la connaissance d’un avocat, Jérôme (Alexi Manenti) à qui elle demande de l’aide pour ses démarches. Leur histoire d’amour va tout remettre en question. Quand son mari qu’elle pensait mort réapparait soudainement dans sa vie, Selma est tiraillée entre son nouvel amour et sa loyauté envers sa famille.
Le film raconte une histoire d’exil mais l’angle est peu banal car exprimé à partir de l’intime. En effet, ce drame dresse le portrait d’une femme migrante en s’attachant à sa personnalité et à ses aspirations. Malgré les tracasseries administratives, l’angoisse permanente pour son fils resté au pays et une survie sur le fil, elle continue de vivre, d’espérer, de rêver, d’aimer.
Zahra Mair Ebrahimi est pleine de talent et crève l’écran. Actrice, productrice et réalisatrice franco-iranienne, elle a remporté le prix d’interprétation féminine au festival de Cannes, en 2022, pour son rôle dans « Les nuits de Mashhad ». Elle a également co-réalisé « Tatami » (2023), dans lequel elle jouait également. Dans « L’étrangère » elle est magnétique. Ses émotions et ses tourments intérieurs se lisent naturellement et parfaitement sur son visage.
Pour la situation dramatique, on aurait bien évidemment tendance à classer le film dans la catégorie « Plus jamais ça, » : plus jamais de guerres atroces ni de régime politique qui censure, entrave, emprisonne ou pousse à l’exil, au péril de sa vie.
Toutefois, la force et l’élan de cette femme, sa ténacité, sa débrouillardise, son intelligence, sa résilience, son cheminement vers la liberté, son ouverture à d’autres possibles, poussent à le classer dans la catégorie « Encore et encore ».
Une femme qui prend son destin en main, s’autorise le choix en sachant qu’elle seule détient la clé de son avenir.
C.P.
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