The Hours de Stephen Daldry (2002)

Le film a été adapté du roman de Michael Cunningham par le réalisateur et producteur anglais, Stephen Daldry, né en 1960. Ce dernier a été nommé trois fois aux Oscars, comme meilleur réalisateur, pour « Billy Elliot » en 2000, « The Hours » en 2002 et « The Reader » en 2008. De 2016 à 2020, il a également produit et réalisé la série « The Crown », pour Netflix.


« The Hours » a été récompensé à plusieurs reprises. Le film a reçu le « Prix du Meilleur film dramatique » aux BAFA Awards et Nicole Kidman, « l’Oscar de la meilleure actrice » et le « Prix de la meilleure actrice dramatique » aux Golden Globes. Le trio formé des trois actrices principales (Nicole Kidman, Julianne Moore, Meryl Streep) a remporté « l’Ours d’argent de la meilleure actrice » à la Berlinale en 2003.


Une fois n’est pas coutume, bien que réalisé en 2002, « The Hours » est une ode au féministe et reste toujours d’actualité.


Le film suit trois femmes à des époques différentes. Virginia Woolf (Nicole Kidman) dans les années 20, Laura Brown (Julianne Moore) dans les années 50 et enfin, Clarissa Vaughan (Meryl Streep) en 2001. Ce qui les relie, c’est « Mrs Dalloway », le roman écrit par Virginia Woolf et le mal de vivre que l’on ressent quand on est une femme, la difficulté de trouver sa place et surtout, de se sentir à sa place dans un monde conçu par les hommes et pour les hommes.


Affronter « Les heures » avant de partir. Vouloir mourir, essayer, recommencer, y arriver ou renoncer.


Virginia lutte contre la maladie mentale. Les femmes sont souvent traitées de folles quand elles ne se plient pas aux normes sociétales qui leur sont imposées. Elle subit le paternalisme de son mari, qui pense agir pour son bien, mais limite son autonomie. C’est lui qui décide de l’endroit où vivre (Richmond plutôt que Londres). Le seul espace de liberté de l’auteure est l’écriture. C’est là qu’elle peut s’exprimer pleinement. Lors d’une énième tentative de suicide, elle finira par se noyer, des cailloux dans les poches. Associer le génie des femmes à une pathologie n’est pas neuf. Camille Claudel n’a-t-elle pas passé la plus grande partie de sa vie dans un asile d’aliéné.e.s ?


Laura est une femme au foyer dans le monde de l’après-guerre. Les femmes ne « doivent » plus travailler et jouissent d’un confort tout neuf dans la maison. La société attend d’elles qu’elles soient de bonnes épouses et de bonnes mères. Une maison pour horizon, c’est un peu limité. Laura est enceinte de son deuxième enfant et son avenir est tout tracé. C’est à cette époque que les femmes subiront le plus grand nombre d’électrochocs. Pourquoi ne sont-elles pas contentes, elles ont pourtant tout pour être heureuses ? Laura n’y arrive pas, elle va penser au suicide mais finalement, elle quittera mari et enfants pour vivre sa propre vie, loin d’une prison dorée.


Clarissa est une femme moderne et indépendante. Elle vit avec sa femme et sa fille à New-York. Pourtant les attentes par rapport aux femmes pèsent aussi sur elle. Elle est prisonnière de son rôle de « donneuse de soins ». Les métiers de soins de santé ne sont-ils pas, encore aujourd’hui, dévolus aux femmes ? Elle s’oublie pour les autres et notamment pour son ami Richard (Ed Harris), atteint du sida et qu’elle porte à bout de bras depuis des années.


La boucle est bouclée quand on apprend que Richard est le fils aîné de Laura. Pas de jugement mais il est sous-jacent. La vie de cet homme reclus et malade n’est-il pas le résultat de l’abandon maternel ? Il n’y a qu’un pas que le réalisateur ne franchira pas mais la culpabilité qui pèse sur les mères n’est pas loin.


Ces trois femmes vont prendre des décisions pour se sauver. Virginia choisit sa propre mort. C’est une prise de pouvoir sur son corps et son destin. Elle échappe ainsi à tout contrôle. Laura va abandonner sa famille. Elle refuse de vivre une vie qui n’est pas la sienne et se sacrifier pour satisfaire le rôle qui lui est imparti dans la société. Clarissa va lâcher prise après la mort de Richard. Elle va apprendre à vivre pour elle et pas pour les autres et à travers les autres.


Ce film, interprété par des actrices fabuleuses, souligne le carcan qui pèse sur les femmes quelle que soit l’époque. Il montre la difficulté, toujours d’actualité, d’avoir une identité propre, une identité existentielle, au-delà du rôle de mère, d’épouse ou de soignante. Un film qui passe d’une époque à l’autre avec une parfaite fluidité. Le tout porté par une bande son exceptionnelle, signée Philippe Glass.


Un film qui valide l’insatisfaction des femmes et le choix de vivre leur propre existence sans pour autant émettre des jugements sur leurs comportements.


V.M.