Showgirls de Paul Verhoeven (1995)

Le film Showgirls est sorti en 1995, donc 2025 marque bien son 30ᵉ anniversaire.
C’est un film intéressant à analyser car deux visions se sont progressivement affrontées en trente ans. On lui consacre même des master classes à l'université pour y parler représentation des femmes à l'écran, exploitation et regard masculin (ici celui de Paul Verhoeven mais aussi celui de Hollywood).
Paul Verhoeven est un réalisateur toujours en activité à l'heure d'écrire ces lignes. Il est derrière Basic Instinct (après lequel il a traité Sharon Stone de "fille difficile"), Elle avec Isabelle Huppert (film sordide où une femme puissante décide de retrouver son violeur pour recommencer la scène du crime) et Benedetta avec une Virginie Efira trop bronzée et trop souvent nue pour être crédible en nonne italienne.
Showgirls est entièrement conçu par des hommes : scénario d’un homme (Joe Eszterhas), réalisateur homme (Verhoeven), producteurs hommes, industrie masculine. Le film a été créé pour dénoncer "l'exploitation des femmes dans l'industrie du spectacle".
On y suit les traces de Nomi Malone qui décide, alors qu'elle n'a pas d'argent, de se faire une place au soleil à Las Vegas dans le monde des danseuses et meneuses de revue. À peine arrivée, elle se fait voler sa valise par l'homme qui l'a prise en stop. Perdue dans la ville, Nomi doit son salut à Molly Abrams, costumière au Cheetah, un cabaret réputé de Vegas. C'est le début de scènes où son hypersexualisation montera à chaque fois plus d'un cran.
La sexualisation y est extrême, la nudité constante (tout comme dans les autres films de Paul Verhoeven). Première question : peut-on critiquer un système tout en reproduisant ses codes esthétiques ? Seconde question : le personnage féminin est-elle réellement résiliente ou exploitée jusqu'au bout ? L'actrice qui incarne Nomi Malone, Elizabeth Berkley, l'a en tout cas été jusqu'à aujourd'hui : sa carrière a été subitement freinée après la sortie du film et l'avalanche de mauvaises critiques. Les grands studios ne voulaient plus l'engager alors qu'elle n'avait ni écrit, ni réalisé, ni produit Showgirls.
Certaines analystes disent aujourd'hui que Showgirls est un film mal compris, et qu'il subvertit à l'excès pour se moquer de ce monde qu'il représente. L’argument « c’est une satire » ne convainc pas tout le monde. Pour beaucoup, le film profite de l’esthétique qu’il prétend critiquer. Il vend du sexe et il s'en sert pour montrer qu'il n'y a rien de plus fort que cela. La violence sexuelle y est, par exemple, plus choquante que réellement empathique envers la victime (et elles sont nombreuses à en faire les frais dans ce long-métrage).
Showgirls est un archétype courant du male gaze. Il est ambigu (féministe par son propos et antiféministe par ses moyens), donc suspect.
L.L.
Copyright © Tous droits réservés