Pretty woman de Garry Marshall (1990)

Toutes les filles ont regardé « Pretty woman »en rêvant au prince charmant. Et pourtant, rien de charmant dans ce film ! Sous couvert d’une comédie romantique, le film est un pur produit patriarcal basé sur un scénario stéréotypé et sexiste. 


Garry Marshall est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1934 et décédé en 2016, après 46 ans de carrière dans le cinéma. Il a réalisé une série de films pseudo-romantiques qu’il serait bon de revoir avec un regard d’aujourd’hui. Rien n’est anodin pour conforter le « male gaze ». Quelques titres évocateurs comme « Valentine’s day »en 2010, « Mère-fille, mode d’emploi »en 2010, « Fashion maman »en 2004, « Un mariage de princesse »en 2003, « Just married (ou presque) » en 1999. Un homme qui sait ce qu’aiment les femmes. Encore un.

Vivian (Julia Roberts) est une jeune prostituée à la dérive. Un soir, elle rencontre un riche homme d’affaire (Richard Geere), au volant de sa voiture de sport. Il lui demande son chemin et par la même occasion, il l’emmène. Il s’ennuie, pourquoi ne pas se payer une femme pour la soirée ? Est-ce bien le début d’un conte de fée ?


Dans l’hôtel de luxe, Vivian n’en revient pas. Un bain aussi grand qu’une piscine et elle ne mettra pas longtemps à quitter ses oripeaux de pute. Evidemment, elle est super jolie, qui l’eut cru ? Après une nuit de sexe tarifié, Edward lui propose de l’engager comme « escort girl » durant une semaine. Quelle aubaine !


Vient alors la scène iconique du shooping dans un magasin de luxe. Après avoir été refoulée des boutiques « chic » (les vendeuses ne savent pas encore qu’elle a entre les mains la carte gold d’un milliardaire), Le bel Edward va l’accompagner et décider de ce qu’elle va acheter. Il a bien le droit, c’est lui qui paie. Vivian doit bien présenter, selon les codes de son milieu à lui. Pour être digne de respect, elle doit gommer son identité et sa personnalité. Elle ne doit pas lui faire honte.


Puisque c’est une comédie romantique, nous avons compris que le riche patron froid et désabusé va vite se réchauffer le cœur auprès de la jeune prostituée un peu naïve. Bercée par les histoires sirupeuses à la Walt Disney (qui produit d’ailleurs le film), elle rêve qu’un prince charmant va la sauver du trottoir, c’est le mythe de Cendrillon. La situation est totalement déséquilibrée : Edward a tous les pouvoirs, c’est lui qui fixe le prix et la durée de la transaction. Elle est totalement dépendante d’un homme providentiel pour s’en sortir.


Arrive ensuite, la deuxième scène iconique : l’opéra. Tous les clichés s’y retrouvent. Edward emmène sa belle, parée comme une reine, assister à un opéra, en jet privé. Evidemment, elle n’en a jamais vu. A nouveau, il joue son rôle de pygmalion et cerise sur le gâteau, il s’agit de « La Traviata » de Verdi qui raconte l’histoire d’une prostituée qui tombe amoureuse d’un homme riche… Vivian est de plus en plus amoureuse.


Qu’il est brave cet Edward ! Au terme de la semaine, il propose à Vivian de lui payer un appartement et de lui offrir une rente. Elle serait ainsi toujours à sa disposition. Une vraie courtisane comme à la belle époque. Elle refuse, elle veut vivre son conte de fée jusqu’au bout. Je vous laisse imaginer la fin de l’histoire…


Si on retire de « Pretty women », les airs d’opéra, les superbes tenues vestimentaires et la belle gueule du mâle tout puissant, il ne reste que le point de vue d’un réalisateur hétéro qui considère le corps féminin comme un objet à consommer. Pour preuve, la caméra s’attarde souvent sur des gros plans de l’anatomie de Vivian, renforçant ainsi l’idée qu’elle est, avant tout, un objet de désir pour les hommes.


La vision de la prostitution est légère et édulcorée, pas de violences, pas de traumatismes. C’est normal, c’est le plus vieux métier du monde. Vivian est considérée comme une prostituée « au grand cœur », une prostituée qui mérite d’être sauvée, elle n’est pas comme toutes ces autres…

Plus jamais ça, des films qui font croire aux filles que leur bonheur dépend d’un homme. Non, les femmes ne doivent pas tout attendre d’un homme. Elles n’ont pas besoin d’être sauvées, si ce n’est des hommes… Apprenons aux petites filles à être autonomes et maitresses de leur vie. Une histoire d’amour doit être un bonus et non une nécessité.


V.M.