Pas de Printemps pour Marnie d'Alfred Hitchcock (1964)

“You Freud, me Jane” réplique, non sans ironie, Marnie Edgar à son mari Mark Rutland. Une référence évidente à Tarzan mais surtout à Freud dans ce qui reste comme le long métrage le plus Freudien d’Alfred Hitchcock : “Pas de printemps pour Marnie”, sorti en 1964.
Alfred Hitchcock est à cette époque au firmament de son œuvre. Ses immenses classiques que sont “Sueurs froides”, “La mort aux trousses” et “Psychose” viennent de déferler dans les salles obscures et l'imposent définitivement comme le Maître du suspense. Fort de ses succès, le réalisateur rêve de traiter le sujet de la psychanalyse au cinéma et décide alors d’adapter un roman de Winston Graham sur une femme kleptomane et frigide.
Thriller psychologique dans la pure veine hitchcokienne, “Pas de printemps pour Marnie” nous présente Marnie (Tippi Hedren), jeune femme kleptomane qui vole ses employeurs.
Un jour, Mark Rutland (Sean Connery) découvre le comportement de Marnie. Intrigué par son caractère et sa beauté, il lui propose de l’épouser, faute de quoi il la dénoncera à la police.
Prise au piège, la jeune femme n’a d’autres choix que d’accepter la demande indécente de son futur mari. Une relation pour le moins toxique se construit alors entre les deux protagonistes, puisque Mark va entreprendre de sonder l’âme de Marnie pour la délivrer de ses traumatismes.
Une vision très masculine, dès lors, puisque l’homme est présenté comme le seul capable de “sauver” Marnie. Un homme pour le moins possessif et qui n’a pas peur d’abuser d’elle dans des moments de faiblesse. Sachant Marnie terrorisée par la foudre et les éclairs, Mark en profitera d’ailleurs pour l’embrasser et même la violer dans une scène pour le moins controversée (un plan subjectif sur le visage tétanisé de Marnie).
Une volonté manifeste du réalisateur qui confia à ce sujet : “J'aimais surtout l'idée de montrer un amour fétichiste. Un homme veut coucher avec une voleuse parce qu'elle est une voleuse”.
Le personnage de Marnie est, à ce propos, présenté comme une femme jalouse, frigide, voire hystérique. Quant à ses relations avec les autres personnages féminins, elles sont toutes décrites comme nocives : de la jalousie entre Marnie et Lil, la belle sœur de Mark à la relation possessive entre Marnie et sa mère. Le personnage de la mère, central dans le film, puisque c’est elle la fautive, l’origine des traumas de sa fille.
En somme, une vision très freudienne des relations maternelles où la mère est traitée comme responsable des maux de ses enfants.
Violence féminine devant la caméra mais également derrière.
En effet, le tournage du film fut pour le moins traumatisant pour l’actrice principale, Tippi Hedren, qu’Hitchcock dirigea un an auparavant dans “Les Oiseaux”. Avances sexuelles, menaces, examens psychologiques de l’actrice pour en cerner sa personnalité, le réalisateur lui fit subir un véritable enfer. Une direction d’actrice pour le moins problématique, qui était encore monnaie courante, il y a peu.
Tout cela pour faire de “Pas de printemps pour Marnie”, un “grand film malade” comme le dit François Truffaut. Une description qui résume bien le film tant ce dernier explore les névroses de Marnie mais également celle de son réalisateur projetant à l’écran ses obsessions et ses fantasmes sur la gent féminine.
Et de terminer par cette réflexion : Et si l'œuvre d’Alfred Hitchcock n’était pas une psychanalyse du réalisateur sur lui-même.
B.C.
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