Monika d’Ingmar Bergman(1953) - 1h36

« Monika », la chronique d’un été pas comme les autres ou le premier succès d’un réalisateur majeur, le suédois Ingmar Bergman. Le futur père de classiques du cinéma tels que « Le septième sceau » (1957), « Persona »(1965) ou bien encore « Fanny et Alexandre » (1984), dresse le portrait sans fard d’une jeune femme, Monika, en quête d’amour et de liberté.
Dès les premières minutes du film, nous suivons Monika (Harriet Anderson), une jeune ouvrière dans un magasin d’alimentation. En couple avec un homme jaloux, Lelle (John Harryson), elle rencontre Harry (Lars Ekborg), un livreur à peine plus âgé qu’elle. Très vite, les deux tourtereaux sont épris d’un amour incandescent. Désireuse de fuir sa réalité miséreuse, Monika saute sur l’occasion de vivre sa meilleure vie. Elle décide alors de s’enfuir, avec Harry, loin de Stockholm.
Monika et Harry vivent alors un rêve éveillé, loin de la civilisation puritaine. Le temps d’un été, ils transforment leurs vies en une idylle sauvage et torride. Malheureusement, tout bonheur a une fin et le retour à la réalité sera on ne peut plus douloureux. Monika tombe enceinte à 17 ans et le manque d’argent les poussera à rejoindre le chemin de la ville pour « rentrer dans le rang».
Années 50 obligent, Harry se résoudra à reprendre des études pour bien gagner sa vie et ainsi subvenir aux besoins de sa famille, laissant bien souvent Monika s’occuper seule de leur enfant et de leur foyer. Cette dernière se rend compte de la spirale de désespoir dans laquelle elle s’est engouffrée. Elle n’est plus heureuse, elle ne veut pas de l’enfant qui est, pour elle, un frein dans sa quête de liberté. Sentant la situation se dégrader, Harry propose l’aide de sa tante pour élever le petit.
Monika profite alors de ce répit pour profiter de ses jeunes années. Elle retrouve son ancien amant, Lelle, et trompe Harry avec ce dernier. La situation est devenue intenable. Monika quitte le domicile conjugal à la suite de violences proférées par Harry, le laissant seul avec le bébé. Pour une fois ce n’est pas le contraire…
Le regard posé par Ingmar Bergman sur le personnage de Monika pourrait être défini comme « féministe de son époque». En effet, le film revendique son statut d'œuvre subversive visant à bouleverser le conservatisme ambiant. Monika prend le contrôle de sa vie et de ses désirs. Elle aime danser, aller au cinéma, profiter de chaque instant et, par-dessus tout, elle ne veut pas devenir une mère au foyer. Nous sommes très loin du portrait de la fille modèle copieusement véhiculé dans les années 50.
D’autre part, son choix de quitter son enfant et son mari est intelligemment laissé à l’appréciation du.de la spectateurice. Un regard caméra (la scène la plus célèbre du film) où le réalisateur amène le public à prendre parti face à la situation de Monika. « Acceptez-vous ou non mon comportement ? », « De quel droit me jugez-vous ? », semble nous dire Monika.
D’un autre côté, le film, de par l’hypersexualisation de Monika, entretient un certain regard masculin. Elle est jeune, belle, le réalisateur se plaît à la filmer nue. Elle correspond à un idéal fantasmé. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que « Monika »a grandement inspiré Roger Vadim pour « Et Dieu créa la femme » (1956), un autre film sur l’idéalisation et la sexualisation du corps féminin.
Au final, le film peut être vu comme un constat d’une époque où de jeunes femmes indépendantes et fortes ont été détruites par le patriarcat. Devenir de bonnes mères et de bonnes épouses, coûte que coûte.
B.C.
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