Les Galettes de Pont-Aven de Joël Séria (1975)

“Tu sens la pisse toi, pas l’eau bénite”, c’est par ces mots qu’Henri Serin, représentant de commerces, complimente son coup d’un soir au début de “Les Galettes de Pont-Aven”. Une forme d’avertissement pour le/la spectateur/trice : le film ne donnera pas dans la subtilité.
Comédie érotique sortie en 1975, “Les Galettes de Pont-Aven” de Joël Séria a acquis un statut de film-culte par son ton provocateur et paillard. Un style qui peut être rapproché de celui d’un Bertrand Blier. Comme pour ce dernier, Joël Séria s’inscrit dans une mouvance post-soixante-huitard de libération sexuelle (surtout masculine) et de critique des institutions politiques et religieuses.
Le film met en vedette Jean-Pierre Marielle, grand acteur français qui se spécialisa dans ce type de comédie graveleuse typique des années 70. Des films tels que “Sex-shop” de Claude Berri, “Charlie et ses deux nénettes” de Joël Séria, “Calmos” de Bertrand Blier ou bien encore “On aura tout vu” de Georges Lautner.
Dès les premières minutes du film, le/la spectateur/trice comprend très vite que “Les Galettes de Pont-Aven” va s’inscrire pleinement dans cette mouvance. Henri Serin, homme en mal d’amour, décide de quitter sa femme frigide et part s’installer dans le sud de la Bretagne, près de Pont-Aven, pour vivre de sa passion, la peinture. Pas n’importe quelle peinture cependant, car Henri est fasciné par les belles courbes féminines, il veut, comme il le dit si bien, peindre des culs. Le film suit alors ses aventures érotiques, des saynètes entrecoupées par un humour grivois pour le moins douteux.
Film sur la libération sexuelle de l’époque, “Les Galettes de Pont-Aven” montre surtout la libération d’un regard misogyne au travers du cinéma. Dans le film, les personnages féminins sont résumés à des caricatures : les femmes sont soit de vieilles bigotes, soit des objets de fantasmes pour Henri. Ces dernières sont souvent filmées dans le plus simple appareil pour permettre à ces messieurs de se rincer l'œil. Le “sommet” du film est atteint avec le personnage d’Emile, un peintre qu’Henri rencontrera durant son séjour à Pont-Aven. Peintre mais avant tout, violeur et fier de l’être. “Quand je la vois le cul à l’air, il faut que je la fourre. C’est plus fort que moi, je suis un bourrin” s’exclamera-t-il d’ailleurs dans une scène totalement lunaire.
“Séparer l’homme de l’artiste” est une réflexion qui vient à l’esprit avec ce film. Des artistes sont montrés en train d’assouvir leurs fantasmes sexuels au nom de l’art et ce sans jamais que leurs comportements d’obsédés ou de violeurs ne soient questionnés. Le personnage d’Henri se compare par ailleurs à une figure de Pont-Aven, le peintre impressionniste Paul Gauguin. Artiste mondialement connu, l’histoire a volontairement omis les côtés sombres du peintre : celui d’un prédateur sexuel particulièrement attiré par les mineures. En somme, un autre exemple que, aux yeux de la société, l’art excuse bien des crimes, malheureusement.
Au final, malgré ces attaques, “Les Galettes de Pont-Aven” peut être vu ou revu comme une chronique d’une certaine époque que l’on espère derrière nous et ce, pour ne plus reproduire les erreurs du passé. Face à la résurgence de mouvements masculinistes, nous ne pouvons que nous en inquiéter.
B.C.
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