Le gendarme et les gendarmettes de Jean Girault et Tony Aboyantz(1982) - 1h42

Capitalisant sur le succès des cinq premiers épisodes de la série des « Gendarmes », la star de la comédie, Louis de Funès et son fidèle réalisateur, Jean Girault (douze films tournés ensemble, dont « Les Grandes Vacances »(1967) et « La Soupe aux choux »(1981)), décident de commettre un nouvel épisode. Mais après avoir affronté des nudistes, des hippies et même des extraterrestres, que pourrait-il arriver de pire à nos joyeux gendarmes ? Des femmes gendarmes, pardi ! Ou plutôt des « gendarmettes » (un mot imaginaire puisque le terme « gendarme » est épicène).
La parfaite illustration d'un film qui accumule les pires blagues sexistes et misogynes. Avant de parler du film en tant que tel, il est intéressant de le replacer dans son époque. Sorti en 1982, il accompagne la féminisation de la gendarmerie française. En effet, le métier n'a été ouvert aux femmes que trois ans auparavant, celles-ci étant, dans un premier temps, cantonnées à des tâches purement administratives.
Partant de ce constat, l'équipe du film a eu l'idée d'utiliser l'opposition entre hommes et femmes comme seul et unique ressort comique de ce sixième et dernier épisode des « Gendarmes ». Une bien mauvaise idée, tant le film est plombé par un humour d'un autre âge, qui enchaîne les pires clichés sexistes envers les fameuses « gendarmettes ».
Dès le début, elles sont présentées comme de purs objets de désir. Elles sont jeunes, jolies et souvent en petite tenue (cela aurait sans doute été trop demander que de recruter des femmes de quarante ans ou plus). En totale opposition avec les gendarmes masculins : de vieux mâles sûrs d'eux. Pour le coup, Louis de Funès est lui-même bien trop âgé pour être crédible dans le rôle.
En phase d'apprentissage, les quatre « gendarmettes » sont amenées à faire leurs preuves sur le terrain. Enfin… « faire leurs preuves», façon de parler. Elles vont surtout utiliser leurs atouts de charme pour émoustiller la gent masculine, au grand dam des vieilles épouses (jalouses, bien entendu). Même lors d'une scène, a priori non sexiste (une course-poursuite), une femme gendarme parvient à se retrouver en sous-vêtements.
Comme souvent dans ce genre de films, une bonne partie du long métrage consiste en une succession de saynètes destinées à présenter les personnages sous forme de caricatures. Un semblant d'intrigue se développe ensuite afin de relancer l'intérêt des spectateurices. Dans le cas présent, les présentations machistes étant faites, une histoire d'enlèvement se met en place. Chaque potiche (ah non, pardon, chaque « gendarmette ») est capturée par un homme fort et musclé afin de lui dérober son bracelet. C'est sans compter sur Cruchot et son équipe, bien décidés à les sauver (quelle chance !).
À noter, tout de même, que ce sont finalement les femmes qui se sauveront elles-mêmes, sans compter sur l'aide de leurs homologues masculins. Cependant, elles devront, une fois encore, user de leurs charmes pour parvenir à leurs fins. D'accord pour l'émancipation féminine… mais pas trop quand même.
Au final, le film peut aujourd'hui se revoir comme le témoignage du sexisme ordinaire des années 80 où il semblait encore inconcevable que des femmes exercent des métiers considérés comme « masculins». Une bataille qui est d'ailleurs loin d'être gagnée (les femmes ne représentent encore aujourd'hui que 25 % des effectifs de la gendarmerie).
B.C.
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