La revanche d’une blonde de Robert Luketic (2001) – 1h46

Eté 2026. Au moment d’écrire ces lignes, la promotion de la série « Elle » (Amazon Prime Video) est lancée. Elle, c’est le prénom de l’héroïne savoureuse de la comédie des années 2000 « La revanche d’une blonde » portée par Reese Withterspoon et réalisé par Robert Luketik, aussi connu pour ses autres comédies « Sa mère ou moi »(2005) avec Jane Fonda, « L’abominable vérité »(2009) ou encore « Kiss & Kill » (2010), toutes les deux avec Katherine Heigl.


À sa sortie, « La Revanche d'une blonde » était souvent vendu comme une comédie légère, alors que son propos est plus subversif qu'il n'y paraît.

Le personnage d'Elle Woods décide d’entrer à Harvarden refusant en effet le marché implicite que la société lui propose : pour être prise au sérieux, elle devrait abandonner sa féminité, son goût pour la mode, le rose ou les soins esthétiques. Or le film affirme exactement l'inverse, on peut être brillante en droit, ambitieuse et compétente sans renoncer aux codes de la féminité conventionnelle. Ce n'est pas une transformation de la « bimbo » en intellectuelle ; c'est la révélation qu'elle l'était déjà, et que les autres ne l'avaient jamais regardée autrement qu'à travers leurs préjugés.


Au début des années 2000, ce message était relativement rare dans le cinéma grand public. Les archétypes dominants opposaient souvent deux figures : la belle superficielle ET la femme intelligente, dont la crédibilité passait souvent par un effacement de sa féminité ou une esthétique plus sobre. « La Revanche d'une blonde » brouillait cette opposition. D’ailleurs, son actrice est aussi admirable puisqu’elle a fondé « Reese Witherspoon Productions » parce qu'elle estimait que les récits proposés aux femmes étaient devenus affligeants. En 2017, elle expliquait qu'elle venait de lire un scénario où les personnages féminins étaient réduits à rivaliser pour l'attention d'un homme. Son agent lui aurait répondu que « toutes les actrices d'Hollywood » voulaient ce rôle. C'est à ce moment-là, dit-elle, qu'elle a eu un « lightbulb moment» (une illumination) : il fallait créer elle-même les histoires qu'elle voulait voir exister.


Enfin, soulignons qu'une partie du féminisme contemporain va encore plus loin. Des autrices comme Mikki Kendall, Florence Givenou McKenzie Wark, ainsi que des essais plus récents sur la figure de la bimbo, cherchent à réhabiliter cette esthétique en montrant que le mépris envers la « bimbo » est souvent une forme de misogynie socialement acceptable. On ne reproche pas seulement à ces femmes d'être séduisantes ; on leur reproche de pratiquer une féminité jugée excessive, artificielle ou ostensiblement tournée vers le regard des autres.


Après Elle Woods, vient aussi la réévaluation de la figure de la « cagole » en France, et la sortie remarquée au cinéma de « Diamant brut »(2024) fut particulièrement révélatrice. Au-delà de la caricature régionale, la cagole concentre plusieurs stigmates : populaire, très maquillée, sexualisée, parfois bruyante, avec un accent marqué. La moquerie dont elle fait l'objet mêle souvent sexisme, mépris de classe et parfois mépris territorial. Certaines chercheuses et essayistes invitent aujourd'hui à relire cette figure non pas comme un simple cliché comique, mais comme une expression culturelle et esthétique qui mérite d'être comprise plutôt que ridiculisée.


Il existe cependant une nuance importante. Les féministes ne défendent pas toutes cette réhabilitation. Certaines estiment que l'esthétique « bimbo » demeure fortement liée aux normes patriarcales de beauté et qu'elle risque de les renforcer. D'autres répondent qu'une esthétique peut avoir une origine patriarcale sans empêcher les femmes de se la réapproprier comme un choix, un jeu ou une forme d'affirmation identitaire.

À cet égard, la future avocate, Elle Woods,apparaît presque comme une figure de transition. Elle ne remet pas en cause les codes de la féminité glamour ; elle remet en cause l'idée que ces codes seraient incompatibles avec l'intelligence, le travail ou l'excellence académique. Plus de vingt ans après, c'est sans doute ce qui explique que le personnage continue à résonner avec des débats très actuels sur les stéréotypes de genre.


Et il y a presque une continuité intellectuelle entre Elle Woods et Reese Witherspoon elle-même : toutes deux refusent l'idée qu'une femme doive choisir entre être perçue comme féminine et être prise au sérieux. La seconde a simplement décidé d'agir sur la fabrication même des récits.


L.L.