Goldfinger de Guy Hamilton (1964) - 1h50

James Bond, le bourreau des cœurs, le tombeur de ces dames. Il fallait bien que le plus célèbre des espions de Sa Majesté passe sous la loupe de Ciné Women.
Pour ce faire, rien de tel qu’un des titres les plus célèbres et les plus appréciés de cette très longue saga : j’ai nommé Goldfinger, réalisé par l’Anglais Guy Hamilton et sorti en 1964. Film pour lequel Sean Connery a repris, pour la troisième fois, le rôle de l’agent 007.
En effet, Goldfinger est, à bien des égards, le film qui a le plus contribué à définir le mythe James Bond : rebondissements, gadgets et exotisme à tout-va, mais aussi sexisme et jeunes femmes en petites tenues, histoire que ces messieurs puissent se rincer l’œil entre deux scènes d’action.
Une formule gagnante qui perdurera jusqu’au milieu des années 2000 et l’arrivée de Daniel Craig dans le rôle de 007. Une lente modernisation du personnage après plus de 40 ans de machisme débridé et dans ce sens, Goldfinger constitue un véritable best-of de la saga, pour le meilleur et pour le pire.
Et quelle recette offerte par ce Goldfinger : une chanson iconique signée Shirley Bassey, la mythique Aston Martin DB5 et son siège éjectable et un duo mémorable de méchants (Auric Goldfinger et son sous-fifre Oddjob). Tout concorde pour proposer au public un divertissement de très haute voltige.
Cependant, derrière ces arguments de choix, il ne faut pas négliger que la figure de la pop culture est ici l’archétype du mâle alpha. Un prédateur sexuel présenté tel un irrésistible Cupidon. Toutes les femmes (jeunes et jolies, bien entendu) tombent sous son charme et terminent dans son lit, en un claquement de doigts. Toutes sauf Moneypenny, l’adjointe de Bond qui, avec sa trentaine d’années, est bien trop vieille pour l’intéresser. Plus elles sont âgées, plus elles réfléchissent, semble se dire notre Claude François de l’espionnage.
À première vue, rien de neuf sous le soleil du male gaze : pin-ups en bikini, femmes en détresse, claques aux fesses et baisers non consentis sont au menu. Des aspects pouvant être épinglés dans quasiment tous les films de la saga. Dès lors, pourquoi avoir choisi de parler de Goldfinger ? La justification tient alors en deux mots : « Pussy Galore ».
Sur bien des aspects, le traitement de Pussy Galore est hautement problématique. Personnage féminin principal, elle est l’alliée du méchant de service Auric Goldfinger. Dans un premier temps, elle est présentée comme une femme forte et indépendante. Elle est même insensible aux charmes ravageurs de notre espion. Comment est-ce possible ? Elle est lesbienne. « Pussy Galore » se traduit, d’ailleurs, par « chatte à gogo » (sans commentaire).
Survient alors une scène totalement lunaire. Comme elle se refuse à lui, l’agent 007 va lutter contre elle et lui imposer son charme par la force. Une autre manière de dire qu’il la viole et cette scène est alors suivie par cette réplique d’un autre âge : « J’ai réveillé ses instincts maternels refoulés ». Ouf, le monde est sauf, James Bond et le patriarcat ont, de nouveau, sauvé le monde du péril féministe et lesbien.
Tout cela, pour dire que Goldfinger est le reliquat d’un passé patriarcal et machiste où, sous couvert d’un divertissement qualitatif (ce qu’il est également), l’on pouvait se permettre les pires outrances sexistes. Croisons les doigts pour que cela soit bien derrière nous, mais rien n’est moins sûr malheureusement.
B.C.
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