Et La Tendresse ? Bordel!!  de Patrick Schulmann (1979)


Patrick Schulmann est né le 2 janvier 1949 à Paris. Son père quitte le domicile alors qu’il n’a que 3 ans et il est élevé par sa mère et sa tante, rescapées des camps de la mort (Auschwitz-Birkenau). Renvoyé de plusieurs écoles, il obtiendra son bac péniblement. « Et la tendresse ? Bordel ! » est son premier long métrage. Il écrit le scénario, réalise le film et en compose la musique. Il joue même un petit rôle. Il est aussi connu pour P.R.O.F.S (1985). Il est décédé le 19 mars 2002 des suites d’un accident de voiture.


« Et la tendresse ? Bordel ! » montre le quotidien de 3 couples très caricaturaux :
Le couple phallocrate (Jean-Luc Bideau et Marie-Catherine Conti) dans lequel François est un obsédé sexuel machiste qui s’exprime exclusivement en vers et est très fier de pouvoir faire tourner son pénis comme une aile d’hélicoptère. Jean-Luc Bideau incarne avec brio ce mâle alpha qui considère que les femmes se maquillent et portent de jolis vêtements uniquement pour « se faire sauter ». Son symbole de virilité subira un destin funeste à la fin du film.


Le couple tendre (Evelyne Dress et Bernard Giraudeau) brise les schémas traditionnels, puisque c’est ici la femme qui travaille et l’homme qui tient la maison. Elle est infirmière dans un hôpital psychiatrique dont les patients souffrent de troubles affectifs, sexuels et comportementaux. Il effectue des enquêtes pour une boîte de pub. Leurs rapports sexuels ne sont jamais évoqués, seuls leurs gestes tendres et leurs petits bisous sont filmés. Ils appellent leur chat Clitoris et passent beaucoup de temps à le caresser. Leur relation est basée sur la tendresse, la complicité, la confiance et la fidélité.


Le troisième couple (Régis Porte et Anne-Marie Philippe) n’existe, au début du film, que dans l’imaginaire des protagonistes : on entend ce qu’ils pensent. Leurs manœuvres de drague maladroites et désuètes sont gentiment raillées par le réalisateur. Ils sont complètement démodés et coincés. C’est la maman de Julie qui va lui suggérer de ne pas se contenter d’une relation platonique. Elle regrettera très vite le romantisme de la période de séduction et Léo se révèlera beaucoup moins chaste qu’il n’y paraissait.


En revoyant cette comédie 45 ans plus tard, j’ai réalisé qu’elle est beaucoup plus actuelle que de nombreux films de cette époque de libération sexuelle. Patrick Schulmann ridiculise les machistes, les dragueurs patentés (la drague lourde du collègue d’Eva est un bon exemple) et les faux romantiques et fait la part belle aux femmes. Le film est parsemé de clins d’œil humoristiques sur les travers de notre monde. La notion de consentement, par exemple, est déjà évoquée. Sa vision est clairement teintée de féminisme. Le fait qu’il a été élevé par des femmes n’y est probablement pas étranger. Hier encore ou hier déjà ?


A.C.