Et Dieu Créa la Femme de Christian Vadim (1965)


Année 1956 : alors en couple avec Roger Vadim, Brigitte Bardot est à l’affiche de « Et Dieu créa la femme » que réalise son compagnon. Un film bien accueilli par les nouveaux réalisateurs de la Nouvelle Vague, dont Claude Chabrol.


Le storytelling existe depuis toujours et déjà à l’époque, on présente Brigitte Bardot comme le nouveau mythe montant (rien que ça !) et un sex-symbol mondial, un emblème de l'émancipation des femmes, une jeune fille à la fois modèle et en même temps, diablesse car impudique, sensuelle, libérée, etc.


Son personnage hédoniste et bronzé reste encore aujourd’hui figé dans les paysages du Sud dans lesquels l’action de « Et Dieu créa la femme » prend place. Au moment où le film sort, douze ans avant Mai 68, on est fasciné par les vedettes féminines blond platine et les confidences qu’elles répandent sur leurs secrets de beauté et la place de la femme (illusion de changements) au fil des pages de magazines.


Le langage cinématographique capte une certaine idée de beauté (comme aux USA avec Marylin Monroe), il créé la beauté autant qu’il la révèle. Mais les femmes doivent souvent se contenter de scénarios bien minces et de dialogues creux. Le glamour, le sex-appeal et l’image de « star » deviennent les signes de cette création langagière d’un cinéma démiurge et tout-puissant… dans la main des hommes. Les hommes font et défont les réputations.


Il y a donc tant à dire sur Brigitte Bardot, celle qui déclarait récemment à BFMTV que « le festival de Cannes ne faisait plus rêver », qu’il ne proposait « que des films sociaux et moches ».


Pourtant, à Ciné Women, c’est ce film de sa filmographie qui nous interpelle. Depuis toujours, on claironne que c’est elle le premier rôle de « Et Dieu créa la femme ».

Roger Vadim la mentionne bel et bien en premier sur l’affiche mais, en 2025, l’analyse des scènes démontre une grille de lecture particulière et typiquement issue du « male gaze » (manière typiquement masculine de filmer un sujet).

La preuve est donnée dès les dix premières secondes : Brigitte Bardot est filmée nue, de profil, en train de se faire dorer les fesses au soleil derrière de longs draps blancs en train de sécher. Premier contact social de Juliette, son héroïne ? Avec un homme d’âge bien mûr.


Le ton est donné ! Premièrement, il est très intéressant (et facile) de noter que Juliette n’est entourée que d’hommes. Les femmes, elles, passent à la hâte dans une scène de ce long-métrage, et sont jalouses et jugeantes. Il est fascinant de constater que les histoires d’amitié entre femmes sont totalement absentes des écrans à cette époque (et pendant encore longtemps après). Les hommes entourent donc BB, un surnom qui lui va finalement plutôt bien car de sa voix un peu plaintive et languissante, non seulement aucun monologue n’est intéressant. Elle démontre qu’elle n’est qu’une petite fille à consoler, à voler d’un homme à un autre (ce qu’elle a, au fond, toujours fait aussi dans sa vie privée).


Ces hommes sont donc même parfois très mûrs, de l’âge de son père, alors qu’elle est censée n’avoir que 18 ans. Et le réalisateur avait conscience de jouer avec l’odeur de souffre (voulant sans doute percer lui-même avant tout pour obtenir la reconnaissance) car la tutrice de Juliette lui signifie à un moment du film qu’elle va partir en pension chez les sœurs jusqu’à ses 21 ans (qui était, à l’époque, l’âge de la majorité !). Juliette se marie, mais comme tant d’autres femmes de cette époque, avec la signature d’un homme à sa place car encore mineure.


Les hommes forment à eux seuls le VRAI personnages principal du film, illustration parfaite de ce qu’était la société à l’époque. Le patriarcat dans toute sa splendeur, réduisant ainsi l’actrice à n’être qu’une… , oserons-nous l’écrire, femme-objet ?


L.L.