Certains l'aiment chaud de Billy Wilder (1959)

En 1959, Billy Wilder sort au cinéma son film « Certains l’aiment chaud » avec Tony Curtis, Jack Lemon et Marylin Monroe. Il y parle de travestissement. Pour échapper à la mafia de Chicago en 1929, deux musiciens jazz déguisés en femmes se mêlent à la troupe d'un orchestre féminin qui part en tournée. Ils deviennent ainsi Joséphine et Daphné.
Marylin Monroe joue la partition qu’on lui connaît : maladroite, un peu superficielle, pas très assurée et alcoolique.
Au début, ravis d’être là pour se rincer l’œil (et accessoirement pour ne pas mourir), les deux héros constatent la difficulté d’être une femme, de se présenter au monde et d’évoluer en tant que telle dans la vie de tous les jours : agressions verbales et sexuelles, difficulté à se mouvoir dans des vêtements assez serrés pour rendre le corps sexy et condescendance indirecte car un homme sait tout toujours mieux. L’empathie naît alors.
« Certains l’aiment chaud » commence avec deux hommes qui pensent beaucoup à consommer, quitte parfois à ne pas rappeler leurs amantes ou à profiter de leur voiture, mais se termine avec des amitiés nouées. Et parfois plus : Joe (Tony Curtis) s’éprend d’Alouette (Sugar en anglais), le personnage de Marylin Monroe, surtout au moment de la soirée partagée sur le bateau où elle lui ouvre son cœur. Evidemment, elle, est attirée par son côté « mec blasé » et relativement inaccessible.
Marylin passe encore pour la fille qui doit sauver les hommes. La chanson-titre si célèbre du long-métrage intitulée « I wanna be loved by you » (Je veux être aimée de toi) montre bien son envie d’affection à tout prix, et son obsession envers un homme qu’elle a dans le viseur.
Marylin joue à l’écran la caricature de Marylin Monroe, usant de ses charmes et voulant encore épouser, à 25 ans, un milliardaire comme dans un autre de ses films. Cependant, le scénario tend à se moquer de son rêve illusoire en lui présentant des hommes âgés comme son grand-père et pas du tout à son goût.
C’est plutôt sur le terrain du trouble du genre que « Certains l’aiment chaud » est intéressant à analyser. En 1959, le Code Hays surplombe toujours la production cinématographique américaine. Qu’est-il ? Un code de bonnes mœurs restreignant la représentation de la sexualité, et tout ce qui pouvait être considéré comme une déviance sexuelle sur le plan moral et éthique, ainsi que, par exemple, l’usage excessif d’alcool chez certains personnages.
On a ici deux hommes qui s’habillent en femme, et qui vont mieux les comprendre à chaque étape. Billy Wilder a même fait appel à Barbette, un coach travesti pour encadrer les deux acteurs qui tiennent l’affiche. Tout ça est traité sur le ton de l’humour, mais n’est jamais moqueur ou offensant. On s’étonne même à la fin de trouver plausible que Jerry/Daphné fasse sa vie avec un milliardaire qui la traque et qui la (le !) veut.
La réplique culte qui clôt le film, « Personne n’est parfait », veut sans doute finalement dire que personne n’est totalement homme ou totalement femme, et qu’on navigue entre les deux.
L.L.
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