Autant en Emporte le Vent de Victor Fleming (1939)

Un film que des générations de filles et de femmes ont regardé sans se poser de questions…
Aujourd’hui, il apparait tout autrement.
« Autant en emporte le vent » est avant tout un roman de l’écrivaine américaine Margaret Mitchell, paru en 1936. Elle obtient le « Prix Pulitzer » et trois plus tard, le livre est adapté au cinéma par le réalisateur Victor Fleming (Oscar du meilleur réalisateur en 1940).
Le livre s’est vendu à trente millions d’exemplaires dans une vingtaine de langues et le film est devenu « une légende ».
L’histoire se déroule en 1861, en Géorgie, à l’aube de la guerre de Sécession. Scarlett (Vivien Leigh) a 16 ans. Fille de riches planteurs esclavagistes du sud et jeune fille gâtée de la haute société, elle se prépare à assister à un bal. Elle doit y retrouver Ashley (Leslie Howard), l’objet de ses désirs, et lui déclarer sa flamme. Mais… on annonce les fiançailles d’Ashley avec sa cousine Mélanie Hamilton (Olivia de Havilland).
Scarlett est décidée à le faire changer d’avis en lui avouant ses sentiments mais il la repousse. Quelques temps plus tard, la guerre éclate. Les destins basculent. Scarlett n’aura de cesse d’essayer de récupérer l’homme qu’elle croit aimer.
Saga familiale sur fond historique, c’est aussi et surtout une histoire de femmes vues par un réalisateur masculin qui en donne une image peu flatteuse.
En effet, Scarlett O’Hara est une enfant gâtée et capricieuse. Elle ne supporte pas le refus (Ashley ne veut pas d’elle et elle le veut à tout prix). Coquette et rusée, elle joue de ses charmes pour séduire tous les hommes de son entourage. Pas de sororité ! Elle n’a que faire des autres femmes qu’elle manipule, discrédite ou ignore.
Mélanie, la cousine douce et timide incarne la femme et la mère aimante qui se sacrifie pour sa famille. Elle est à l’opposé de Scarlett. Pas de nuances dans ces personnages.
A cette époque où le patriarcat règne en maître, les femmes n’ont d’autre issue que de se marier. Scarlett épousera à plusieurs reprises des hommes fades et sans intérêt pour pouvoir exister et avoir un statut.
Faute d’harponner Ashley, Scarlett s’unira également à un cynique et richissime homme d’affaire, Rhett Butler (Clark Gable) qui la considèrera toujours comme une enfant. En bon macho dominant, il lui donnera même la fessée…
Leur relation toxique banalise la violence conjugale et érotise le viol. On se souvient de cette scène où Rhett emporte par la force Scarlett dans sa chambre pour la contraindre à un rapport sexuel. Le lendemain, Scarlett se réveille en s’étirant avec un air satisfait et comblé. De là à penser que le viol est un fantasme féminin, il n’y a qu’un pas.
On peut toutefois souligner la force de caractère de Scarlett, sa résilience face à l’adversité, sa ténacité à (sur) vivre, son refus de se soumettre à la fatalité, sa fibre entrepreneuriale pour sauver le domaine familial, son côté rebelle qui fait fi de toutes les conventions que lui impose la société, son optimisme et sa détermination à croire que « demain est un autre jour ».
Mais elle fait figure d’exception dans une société où les femmes n’ont aucun rôle à jouer. Son esprit capricieux et frivole met toutefois un bémol à toutes ses qualités. Elle est avant tout considérée comme un objet de désir.
Revoir des grands classiques avec une autre grille de lecture et un esprit critique permet de déconstruire les récits d’hier, les représentations patriarcales oppressives et les inégalités de genre.
C.P.
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