Angélique, Marquise des Anges de Bernard Broderie (1964)


En 2017, décédait Anne Golon, autrice de la saga littéraire bien connue "Angélique Marquise des Anges", adaptée au cinéma, en manga et même à l'opéra.
Treize romans en tout, pas tous commercialisés au moment de la fin des aventures sur écran d’Angélique, de « Marquise des anges » (1964) à « Angélique et le Sultan » (1968), tous réalisés par Bernard Broderie. Saluons quand même qu’Anne Golon a participé à de nombreuses conférences et tables rondes comme historienne spécialiste du XVIIe siècle. Elle a ainsi promu la vulgarisation historique à travers les romans d’Angélique.


Elle revient (notamment) sur cette époque où les femmes guérisseuses étaient considérées comme des sorcières. Elles terminaient d’ailleurs brûlées. Elle a créé une héroïne qui refuse le rôle qui lui est assignée et qui aura des sursauts d’indépendance. Mais même ses papillonnages érotiques aux hommes qu’elle se choisit ne masquent pas le fait que toute la production du film a travaillé pour un public masculin. La nuance est moins évidente sur le grand écran que dans les tomes du roman.


La saga, qui prend place au 17ème siècle, raconte les amours d'Angélique, fille d'un noble désargenté du Poitou qui, à 17 ans, est mariée contre sa volonté au comte Joffrey de Peyrac, un homme boiteux plus âgé qu'elle qui vit avec une cicatrice sur le visage. On croirait lire le synopsis de « La belle et la bête » qui n’avait aucun problème avec le syndrome de Stockholm, ce mécanisme psychologique développée dans les histoires de huis clos où une personne prise en otage et retenue prisonnière (dans 99% des cas une femme) va développer une sympathie, voire une affection, et même des sentiments amoureux envers son ravisseur.


C’est le cas d’Angélique et Joffrey, son époux à qui elle refuse de physiquement se donner jusqu’à une balade à cheval où il lui dévoile une statue dans laquelle elle se reconnaît. Tout va tourner autour du physique de la jeune femme tout au long des épisodes cinéma. Elle a des courbes irrésistibles, dévoile ses épaules (très érotique pour l’époque !), est presque rousse (la couleur des femmes tentatrices !)… et est bien jeune. Pas un homme ne lui résiste et pas même Louis XIV (qui l’estime pour ses capacités intellectuelles), qui nourrit pour elle tout au long des cinq films un douloureux – mais évidemment impossible - amour. Elle consommera même son amour pour son cousin Philippe.


Elle est certes sensuelle, séductrice mais aussi combative et ambitieuse. Les préjugés et l’intolérance religieuse glissent sur elle. Evidemment les qualités du care prêtées aux femmes se retrouvent en elle : généreuse, ouvrant le bras aux personnes abandonnées, rejetées, bannies. Rien que son prénom parle pour elle.


Si autant de femmes se sont reconnues en Angélique, c’est sans doute car elle relève souvent le menton et se bat pour retrouver les choses qu’elle croit mériter (sa place à la Cour) en demandant notamment elle-même en mariage un homme. Dans le second épisode, « Merveilleuse Angélique », elle flaire le vent qui tourne et ouvre son propre commerce de chocolats où elle gagnera son propre argent. Elle sait analyser, elle peut s’exprimer autant face au peuple dans la rue qu’avec la royauté dans des salons prestigieux. Elle n’est pas bête ou influençable… mais elle subit le joug des hommes. « Il y en aura pour tout le monde ! » lance une bande au début du premier film, comme pour prophétiser tout ce qu’on va voir, et notamment des scènes où elle est violée. Sa faute ? Elle est belle, donc on en fait forcément une proie. C’est ce qu’on appelait avant l’érotisme « à la papa ». L’auteur de ces lignes, le dialoguiste Daniel Boulanger, rétorquera d’ailleurs, des années après, à Anne Golon qui critiquera le traitement de son héroïne sur pellicule ceci : « Je vais vous dire qui est votre Angélique : une petite putain qui veut se farcir tous les hommes. ». Elégant.


L.L.