9 semaines 1/2 d’Adrian Lyne (1986)

Le film fête ses 40 ans et une folle envie de le revoir avec un regard de 2026. Le réalisateur et producteur britannique aujourd’hui âgé de 84 ans était surnommé le roi du « thriller érotique » dans les années 80. Outre « 9 semaines ½ », il a également réalisé « Flashdance »en 1983 et « Liaison fatale »en 1988, film pour lequel il ne décroche pas moins de 6 oscars. A chaque fois, une femme fatale, tantôt docile, tantôt perverse ou docile qui devient perverse. Des films au goût sulfureux comme les hommes les aimaient à l’époque.
Elisabeth (Kim Basinger) est une jeune divorcée new-yorkaise qui travaille dans une galerie d’art. Sur le chemin du boulot où elle se rend à pied, elle est sifflée et subit les quolibets graveleux des mâles qu’elle croise sur son passage. Le harcèlement de rue n’est pas encore nommé, c’est une pratique courante, voire une pratique flatteuse. Dans une épicerie chinoise, un homme la regarde avec insistance, elle est confuse, elle détourne le regard.
On a compris, c’est le début de l’histoire. Mickey Rourke est très beau. Il n’a pas encore eu le visage ravagé par les coups de poings et les chirurgies esthétiques à répétition. Il a un air à la Gérard Philippe des mauvais quartiers malgré son costume d’homme d’affaires.
Iels se retrouvent sur le marché et il l’invite dans un restaurant italien. La belle est un peu godiche. Cheveux blonds coiffés-décoiffés, nez retroussé, Kim dans toute sa splendeur. Déjà le rôle du mâle dominant, paternaliste et protecteur s’impose. Il lui fait boire au verre, lui donne à manger comme à une enfant. Il sait ce qu’elle aime, c’est un homme, un vrai.
Et puis, le processus d’emprise commence. Il lui offre l’écharpe qu’elle convoitait, lui fait envoyer des fleurs, l’emmène sur sa péniche, à la fête foraine. La belle est ferrée. Il peut commencer à s’amuser.
Il la laisse seule en haut d’une grande roue qu’il a fait stopper par un forain complice. Elle crie, elle hurle, elle s’agite. Il rit. Elle se rebelle un peu, pour la forme.
Très vite, il impose ses jeux sexuels. Elle obéit, frémissante. Il garde son manteau, lui bande les yeux et la déshabille. Brave petite poupée soumise qui va jouir au son des glaçons et sous les gouttes glacées qui lui tombent sur le corps. Qui est le maitre ? qui mène la danse ? pas de doute. Si elle jouit, c’est grâce à lui.
Comme elle est très obéissante, il va aller de plus en plus loin. C’est un peu le grand frère ou plutôt le grand-père de Christian Grey. Les jeux érotiques vont s’intensifier – elle mérite la fessée quand elle a désobéi. Et puisqu’elle n’est pas d’accord, il la viole. Evidemment un viol durant lequel elle finit par gémir de plaisir. Toutes des chiennes, quand elles disent non, ça veut dire oui. Le consentement ? Connait pas.
Vont suivre des séquences érotiques qui sont encore des références aujourd’hui. Iels s’envoient en l’air un peu partout, de préférence sous la pluie. Il aime lui bander les yeux. Il va lui faire goûter toutes sortes de choses. Gros plans sur la nourriture, sur sa bouche. Elle avale tout, elle a confiance, la gamine. Le miel va suivre le piment. Il va l’en enduire. Encore une fois, il lui a donné la becquée. Un peu malsain ce besoin de la nourrir, la vêtir, la dévêtir.
Sans oublier la scène de strip-tease sur une chanson de Joe Cocker devenue célèbre depuis.
Le sadisme fait bander et le masochisme fait mouiller. Combien de filles se sont identifiées à Kim Basinger et ont accepté l’impensable pour lui ressembler et vivre une soi-disant histoire d’amour ? Combien de garçons se sont conduits comme Mickey Rourke croyant que c’est ce qui plait aux filles ? Avec de tels modèles, le film a dû faire plus de ravage qu’on ne l’imagine.
Fort heureusement, les choses évoluent. Les femmes ne sont plus des gentilles petites poupées niaises avec lesquelles on peut jouer. « Sois belle et tais-toi » est passé de mode. Le consentement est entré dans les mentalités.
Non ce n’est pas un filme culte mais une sordide histoire d’emprise glamourisée à l’excès pour laquelle on ne peut que dire « Plus jamais ça ».
V.M.
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