Viva de Aina Clotet (2026) - 1h53

Couronné par le Prix Louis Roederer à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2026 (où il concourait également pour la Caméra d'or), « Viva »est le premier long-métrage d’Aina Clotet, réalisatrice, scénariste et actrice catalane.
Le film suit Nora (interprétée par Aina Clotet elle-même), une femme de 40 ans qui vient de remporter une dure bataille contre un cancer du sein. Mais la guérison physique ne suffit pas. Nora est habitée par une brûlante urgence de se sentir en vie. Pour combler le vide laissé par la maladie et la peur abyssale de la mort, elle se jette à corps perdu dans un triangle amoureux tumultueux. Elle bouscule son existence confortable avec Tom (Naby Dakhli), le compagnon de toujours, incarnant la sécurité, la stabilité et le passé. Max (Marc Soler) est un jeune homme d'une vingtaine d'années, symbole d'un nouvel élan de liberté, de sensualité et d'imprévisibilité.
Pourtant, la force du scénario d’Aina Clotet est de ne pas faire de ces hommes des solutions. Face au vide intérieur qui persiste, Nora va devoir comprendre que la réponse ne viendra d'aucun d'eux, mais d'un face-à-face courageux avec ses propres peurs.
« Viva »se distingue par des choix esthétiques et thématiques courageux qui bousculent les standards patriarcaux. La caméra d'Aina Clotet filme le corps mutilé de Nora sans détour et sans fard. Marqué par les séquelles de la maladie, ce corps nu s'affiche fièrement. Nora refuse explicitement la reconstruction mammaire. Elle choisit le « naturel », s’acceptant telle qu’elle est, asymétrique, vivante et désirable.
En outre, le film explore la relation passionnée entre Nora et Max, un homme qui a la moitié de son âge. Là où le cinéma nous impose depuis des décennies le stéréotype de l'homme mûr séduisant une jeune ingénue sans que cela ne choque personne, « Viva »renverse brillamment ce double standard. Nora assume son désir, son besoin d'exister dans le regard de l'autre, et sa liberté sexuelle, sans jamais être jugée par la mise en scène.
Nora n'est pas une héroïne parfaite, lisse ou infaillible. C'est une femme qui doute, qui se trompe, qui cherche, mais qui prend son destin en main.
Beaucoup d’ambitions et de thématiques alimentent ce film audacieux. Aina Clotet signe une œuvre lumineuse et nécessaire sur la quête de sens, la réappropriation du désir, la liberté prouvant, s'il le fallait encore, que lorsque les femmes s'emparent de la caméra, elles redéfinissent le regard que l'on porte sur elles et sur le monde. Encore et encore !
C.P.
Copyright © Tous droits réservés