Seuls les rebelles de Danielle Arbid (2026) – 1h38.

Danielle Arbid est une réalisatrice, scénariste et actrice française née à Beyrouth en 1970. A 17 ans, elle s’installe à Paris et étudie la littérature comparée à la Sorbonne et le journalisme au CFPJ. En 2001, son premier documentaire, « Seule avec la guerre », reçoit le « Léopard d’argent » au festival de Locarno. En 2004, son premier long métrage « Dans les champs de bataille »et ensuite, en 2007, le second, « L’homme perdu »,ont été sélectionnés à la « Quinzaine des cinéastes » à Cannes. Suivront « Peur de rien »en 2015 et « Passion simple »en 2020.
Presque tous les films de la réalisatrice ont été censurés au Liban et au Moyen-Orient pour atteinte aux bonnes mœurs et à la sécurité de l’Etat. « Je pose la caméra là où ça dérange, je le fais avec une impertinence jouissive. Je ne suis pas du tout représentative du monde arabe d'où je viens ». Dans son dernier film, elle se moque encore des conventions en filmant la rencontre de deux personnages que tout sépare. Le film est librement inspiré de « Tous les autres s’appellent Ali » (1974) de Rainer Wermer Fassbinder.
Juste avant de commencer « Seuls les rebelles », Beyrouth a été bombardé par Israël. Impossible de tourner sur place sans prendre des risques inconsidérables. Danielle Arbid a refusé toute reconstitution en France et elle a décidé de filmer rue par rue le décor de sa ville. Elle voulait être le témoin de son existence avant qu’elle ne disparaisse sous les décombres. Les images ont ensuite été projetées et les acteurices ont joué devant celles-ci, en studio.
Suzanne (Hiam Abass) est une veuve de 64 ans. Elle est libanaise d’origine palestinienne. Elle vit seule, ses deux enfants sont grands. La vie s’étire doucement. Osmane (Amin Benrachid) a 27 ans, il est noir, c’est un migrant soudanais sans papiers. Un soir, alors qu’il se fait tabasser dans une ruelle mal éclairée, elle intervient et le ramène chez elle pour le soigner.
Osmane est beau, il est gentil, il la regarde avec des yeux amoureux. Elle n’a jamais connu l’amour avec son mari. Pourquoi résister ? C’est une belle histoire qui commence. Il lui dit qu’il ne la quittera jamais. Ils veulent se marier. Mais les gens bien intentionnés en ont décidé autrement. S’il est permis aux hommes âgés de convoler en justes noces avec une jeune fille, voire une enfant, ce n’est pas encore accepté dans le sens inverse. Les prêtres qu’elle contacte refusent tous et se contentent de lui souhaiter « Bonne chance ».
Tout le monde désapprouve leur relation, que ce soit la fille malheureuse de Suzanne, ses voisines jalouses ou les copines de travail. Ces gens censés représenter la communauté libanaise sont tous du même avis. C’est impossible qu’un homme jeune tombe amoureux d’une femme âgée. Il doit en vouloir à son argent ou alors, c’est pour ses papiers. Mais Suzanne aussi profite d’Osmane en acceptant la tendresse qu’elle n’a jamais reçue. Il y a encore du chemin à parcourir. Et pourtant, ils choisissent de vivre leur histoire. ils choisissent de se faire du bien dans un pays où tout semble aller mal.
« Encore et encore » pour les femmes qui veulent saisir le bonheur où il se trouve en faisant fi de la bonne morale patriarcale et des conventions d’une société qui peine à évoluer.
V.M.
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