No good men de Shahrbanoo Sadat (2026) – 1h43

Shahrbanoo Sadat est une réalisatrice afghane de 35 ans. Elle a étudié le cinéma documentaire à Kaboul. Son premier long métrage « Le loup et le mouton »a été primé à Cannes en 2016, dans la catégorie « La Quinzaine des cinéastes ». « No good men »a fait l’ouverture de la Berlinale en 2026. Le film a obtenu le « Grand prix du Jury » au Festival du film de Cabourg en 2026. Il s’agit de la première comédie romantique afghane. Une comédie au goût amer quand on connaît la suite de l’histoire. La réalisatrice, craignant pour sa vie, a fui l’Afghanistan lorsque Kaboul est tombé aux mains des talibans. Elle vit à présent à Hambourg.


« No good men »est un film autobiographique écrit et réalisé par Shahrbanoo Sadat. Elle y tient également le rôle principal. Naru est la seule camerawoman d’une chaîne de télévision à Kaboul. L’histoire se situe en 2021, à la veille du retour au pouvoir des talibans et du départ de l’occident. La démocratie vit ses derniers jours. Les femmes y ont encore une existence bien que le patriarcat soit omni présent et dicte ses règles.


Naru a quitté son mari infidèle et elle lutte pour obtenir la garde de son fils de 3 ans. Le triste sire sait que la loi lui est favorable. En cas de divorce, il obtiendra gain de cause. Au travail, pas facile non plus de se faire une place. On lui préfère toujours un homme même s’il est moins qualifié. Elle se retrouve cantonnée à filmer les émissions dites féminines où c’est toujours un homme qui donne son avis. L’activité brûlante de Kaboul, ce n’est pas pour elle !


Mais Naru ne se laisse pas faire, elle ne baisse jamais les bras, elle est toujours prête à remplacer les absents. Un jour, lors d’un reportage pour la Saint-Valentin, elle arrive à obtenir les témoignages, sans fard, d’hommes et de femmes. Elle a réussi là où ses collègues masculins avaient lamentablement échoué. Qodrat (Anwar Hashimi), le journaliste vedette de la chaîne, commence à reconnaître son talent. Il va l’emmener sur le terrain. Ensemble, iels vont filmer les derniers moments de liberté dans la ville.


Naru n’a pas une bonne opinion des hommes afghans. Et pour cause, son expérience fait foi. Les femmes se font harceler, moquer et dénigrer par les hommes. Ils partagent tous la même mentalité, ils considèrent les femmes comme des animaux qu’il faut dominer. « Il faut être le chef, chaque femme de la famille doit avoir peur de l’homme ». No good men !


Mais qui dit comédie romantique, dit histoire d’amour. Qodrat est un peu différent, il la respecte dans son métier et lui donne sa chance. Bien sûr, il a une idée derrière la tête. Bien sûr, il est marié et père de 4 enfants. Mais bon, par rapport aux autres…


Depuis, les choses ont bien changé. Sous le poids des talibans, les idées machistes se sont renforcées. Les femmes n’ont plus aucuns droits. Elles sont exclues de la vie publique, tous leurs acquis ont été effacés. Les filles ne peuvent plus aller à l’école après 12 ans, les femmes sont exclues de la plupart des emplois du secteur public et de la vie politique. Elles doivent porter le hijab ou la burqa. Elles ne peuvent plus se déplacer sans un tuteur masculin. Elles n’ont plus accès aux parcs, salles de sport, salles de spectacles,…). Leur espace vital se résume à la cuisine mais là encore, il est restreint. On ne peut pas les voir de l’extérieur et dès lors, on calfeutre les fenêtres. Pourquoi voir des deux yeux quand un seul suffit ? Elles doivent se cacher un œil. Les femmes ne peuvent être soignées que par les femmes mais comme les femmes ne peuvent plus exercer et que les filles n’ont plus accès à l’enseignement secondaire et supérieur, il n’y aura bientôt plus de docteures. Il ne reste plus que la clandestinité pour subsister mais les femmes ont peur. Plus de femmes dans les tribunaux, les hommes ont tous les pouvoirs, tous les droits. Le Ministères des Affaires féminines a été remplacé par le Ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice. Tout un programme. Les mariages forcés, même de fillettes, sont en augmentation,…


Je voudrais dire « Plus jamais ça » mais malheureusement, les droits des femmes sont en régression un peu partout dans le monde. Je préfère me focaliser sur le personnage féminin du film. « Encore et encore » pour des femmes qui se révoltent et n’acceptent pas la place qui leur est attribuée par les hommes


V.M.