Mother’s baby de Johanna Moder (2024)

Johanna Moder est une réalisatrice et scénariste autrichienne, née en 1979.
« Mother’s baby » est son 3èmelong métrage après « High Performance » en 2014 et « Revoluzzer » en 2019.


Julia (Marie Leuenberger) est une cheffe d’orchestre réputée de 40 ans. Son compagnon Georg (Hans Löw) souhaite absolument avoir un enfant. Iels rencontrent un gynécologue renommé, dans une clinique privée. Ce dernier les assure que tout ira très vite et en effet, on retrouve Julia dirigeant son orchestre et sur le point d’accoucher.


L’accouchement va être très bizarre pour la future mère et pour les spectateurices aussi. Beaucoup d’incohérences dans le déroulement de cette épreuve : on lui administre une péridurale alors que le bébé est sur le point d’arriver, on laisse la mère seule dans la salle d’accouchement sans procéder à l’évacuation du placenta, on la recoud bien plus tard en lui disant qu’elle peut uriner sur la table car elle ne peut pas se lever, on emmène le bébé sans donner aucune nouvelle ni à la mère, ni au père qui veut le voir, on donne le biberon au nourrisson avant de l’avoir mis au sein,… A se demander si la réalisatrice s’est informée sur les naissances.


Que s’est-t-il passé ? La jeune mère peine à reconnaitre le nouveau-né quand on lui ramène, un jour plus tard, en lui disant que tout va bien. Le bébé a un petit poids alors que la dernière échographie annonçait un gros bébé. Il n’a pas de cheveux alors que la sage-femme a dit le contraire lorsqu’il est apparu,… Normal que Julia se demande si c’est vraiment son enfant.


Le bébé est apathique, il ne réagit ni aux bruits, ni à la douleur. Julia n’arrive pas à créer des liens avec cet enfant. Elle n’arrive même pas à lui trouver un prénom. Elle se retrouve mère au foyer, bien loin de la prestigieuse cheffe d’orchestre qu’elle était. Est-ce bien l’avenir dont elle rêvait ? Est-ce le prix à payer pour satisfaire les envies d’enfant de son conjoint. Il s’en sort bien, lui, il a vite repris le travail.

Et c’est ici que le film bascule dans plusieurs interprétations possibles.


Julia souffre peut-être d’une dépression post-natale et ses conséquences. Mais alors, pourquoi retrouve-t-elle continuellement le gynécologue sur son chemin ? Pourquoi la sage-femme est-elle aussi intrusive, pourquoi l’incite-t-elle à arrêter l’allaitement ? Pourquoi offre-t-elle aux jeunes parents un « axolotl » - une espèce d’amphibien qui passe toute sa vie à l’état de larve, sans jamais se métamorphoser ? Bizarrement, l’aquarium du gynécologue en regorge.


On a alors envie de croire Julie, contrairement à Georg qui minimise tout. La jeune mère va mener son enquête jusque dans le laboratoire qui jouxte la clinique. Et qu’y trouve-t-elle ? De nombreux aquariums remplis d’axolotls…


Aurait-elle atterri sur « L’île du docteur Moreau » (1996) ? Le gynéco fou transforme-t-il les têtards en petits humains ? Julie est effarée quand elle ouvre le frigo. Elle s’enfuit avec un paquet dans les bras. Son bébé mort, mis à réfrigérer ?


Le film se termine sur la cheffe d’orchestre en plein concert. Les récents événements ne semblent pas avoir eu d’impacts sur elle. Et finalement, si elle avait imaginé tout cela avant de décider, ou pas, de concevoir un enfant…


Un film où on se perd et qui laisse place à l’imagination. Il aborde le post-partum via des chemins plus que scabreux. Fort heureusement, Marie Leuenberg sauve le scénario, un peu trop « ouvert » à mon goût. Elle offre la prestation, très convaincante, d’une jeune mère perdue. Delphine Noels avait déjà abordé le sujet avec « Post partum » en 2013. Mélanie Doutey sombrait dans la folie, l’issue était fatale pour l’enfant.


« Encore et encore » pour des sujets, peu abordés au cinéma et qui restent trop souvent l’apanage des femmes. Pourtant, un bébé désiré, ça se construit à deux et c’est à deux qu’il faut faire face aux difficultés.


V.M.