Miss Mermaid de Pauline Brunner et Marion Verlé (2026)

Après la sorcière, il est temps de réhabiliter à l’écran la sirène qui a souvent droit à deux portraits : celle de la tentatrice qui attire, grâce à sa voix, pour mieux tuer et celle de l’ingénue qui voudrait revoir son prince sur la plage. Oiseau à tête humaine dans l’Antiquité, vamps à queue de poisson ensuite, la sirène inspire aujourd’hui un film qui mêle écologie et sororité.


Il est l’œuvre de deux réalisatrices : Pauline Brunner et Marion Verlé. La première a énormément prêté sa voix dans le monde du doublage et a réalisé des films d’animations. La seconde se consacre à la réalisation de documentaires d'auteur ou de commandes lives, animées ou hybrides.


Librement inspiré d’un documentaire de 52 minutes réalisé en 2019 par le duo de réalisatrices, le film « Miss Mermaid »met à l’honneur la comédienne Aloïse Sauvage déjà vue dans « 120 battements par minute »(2017), « La syndicaliste »(2022) ou encore« Sur un fil »(2024). Artiste de cirque à la base, Aloïse Sauvage s’est ici entraînée à la discipline du mermaiding pour incarner Fanny, une trentenaire fécampoise, en guerre avec son futur ex-mari qui a trafiqué sa plaquette de pilules car elle refusait de faire un enfant avec lui. Cette employée de ménage cherche un nouveau sens à sa vie, une nouvelle occupation et finit par voir sur un écran Anémone, une sirène professionnelle de passage dans la région. Elle souhaite alors investir elle aussi dans une queue de poisson.


Même si le film méritait plus de punch, de chair et encore un peu plus de féerie, il nous montre un nouveau sport qui mêle apnée et artistique. Notre héroïne utilise le mermaiding pour se réapproprier son corps, un certain souffle et un mouvement de vie. Dans « La petite sirène »de Hans Christian Andersen, la féminité se vivait dans le silence et la douleur. Pas ici. La sirène ne se dissout plus en écumes alors qu’elle verse quantité de larmes, elle les essuie et fonce, déterminée, dans l’eau pour se purifier de la cruauté des hommes qu’elle a fréquentés et à qui elle a donné sa confiance.


Fanny n’est pas une héroïne soumise ou passive. Comme pour la sorcière, cette créature des eaux hybride et mutante devient une figure du féminisme pour les femmes refusant la norme.


Dans les milieux queer/LGBT, la sirène séduit également car elle est difficile à étiqueter. Elle est autonome, indépendante, désirante et énigmatique à la fois. En 2026, les filles qui ne veulent plus être muettes comme dans le conte sont – heureusement – de plus en plus nombreuses.


L.L.