Mārama de Taratoa Stappard (2025)

“Portrait de la jeune fille en feu”, (Céline Sciamma, 2019), une référence pour le moins évidente à la vue de l’affiche de “Mārama”, un film incandescent nous venant tout droit de Nouvelle-Zélande. Un récit d’horreur gothique dont l’action se situe dans les Landes désolées du nord de l’Angleterre. En 1859, en pleine époque victorienne, Mary Stevens est engagée en tant que gouvernante dans le manoir de Nathaniel Cole, un ancien baleinier fraîchement anobli. Ce dernier est passionné par la culture māori et voit d’un bon œil sa rencontre avec Mary, elle-même d'origine māorie. Néanmoins, il est loin de se douter des véritables intentions de Mary, en quête de réponses sur ses origines et sa famille.
En quelque sorte, il se construit devant nous, un nouveau genre cinématographique : l’horreur gothique māorie. Une forme d’hommage du réalisateur Taratoa Stappard a ses origines, anglaises de par son père et māorie de par sa mère. Une culture qui n’aura eu cesse de fasciner le réalisateur, et en particulier la figure des wāhine toa, les guerrières māories. Des femmes fortes et courageuses auxquelles l’auteur rendra hommage au travers du personnage principal de son film.
D’apparence soumise et effacée, Mary Stevens cache en elle une source de rage et de vengeance. Une femme fracturée qui n’a pas pour habitude de se laisser faire et qui est déterminée à faire le point sur les atrocités commises sur les femmes de sa famille, de révéler les coupables de ces crimes coloniaux. Une société anglaise qui s'imagine que tout ce qui est māori lui revient de droit : spolier leurs terres, violer et tuer leurs femmes, se réapproprier leur culture en la parodiant, en la dépouillant de tout sens.
Pour illustrer son propos sur l’appropriation culturelle et la quête de vengeance d’une femme, le réalisateur emballe son film dans le plus bel écrin gothique : photographie ultra-léchée, ambiance sonore angoissante, décors grandioses à couper le souffle. Chaque seconde de “Mārama”démontre une véritable maîtrise de la part de Taratoa Stappard des codes de l’horreur gothique. Genre cinématographique particulièrement populaire en Angleterre dans les années 50-60 (Les films du studio Hammer avec Christopher Lee et Peter Cushing) auquel le réalisateur rend ici un parfait hommage pour son premier long métrage. A la différence près, qu’ici, point de femmes victimes apeurées ou de vamps tentatrices (ce qui était légion dans le cinéma d’horreur de cette époque), mais une femme forte, prête à ne pas se laisser dominer dans un monde d’hommes blancs colonisateurs.
Le réalisateur utilisant ainsi une horreur irrationnelle faite de cauchemars, d’apparitions fantomatiques, de “jump scares” pour raconter la véritable horreur, elle bien réelle, celle causée par l’homme sur des populations entières au nom du pouvoir et de l’exploitation de richesses. Violence face à laquelle Mary opposera une fureur cathartique pour exorciser les démons de la colonisation, retrouver sa dignité et redevenir Mārama (son prénom māori).
Au final, “Mārama” constitue un beau plaidoyer féministe face au patriarcat et au colonialisme et ce, en plus d’être un excellent film d’horreur qui peut satisfaire tout autant les amateurs.trices du genre qu’un public de novices.
“Encore et encore” pour de tel portrait de femmes “en feu” s’imposant dans un monde d’hommes.
B.C.
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