L’illusion de Yakushima, de Naomi Kawase (2026) - 1h52

Naomi Kawase est une réalisatrice et scénariste japonaise. Elle s'est distinguée aussi bien pour ses fictions que pour ses documentaires autobiographiques. Elle a rencontré son premier gros succès public au Japon comme en France avec « Les Délices de Tokyo »en 2015 etfut primée au festival de Cannes, en remportant le Grand prix avec « La Forêt de Mogari » en 2007.
Présenté au Festival du film de Cabourg, « L’Illusion de Yakushima »marque le retour de la réalisatrice japonaise à la fiction, après le bouleversant « True Mothers »en 2020. Ce drame franco-belgo-luxembourgo-japonais nous plonge dans une double thématique : celle d’une femme face à l’absence et celle d’une médecin face aux tabous d’une société.
Corry (Vicky Krieps), coordinatrice française de transplantations cardiaques pédiatriques vit au Japon. Elle partage sa vie avec Jin et s’occupe d’enfants en attente de greffe cardiaque à l’hôpital de Kobé. Alors que la culture Japonaise a du mal à accepter le don d’organe, Corry se bat au quotidien pour faire évoluer les mentalités et trouver plus de donneur.euse.s. Quand Jin disparait un jour sans laisser de trace, elle tente de le retrouver, mais elle doit aussi mener une course contre la montre pour que la greffe d’un jeune patient aboutisse.
« L’amour est l’effacement de l’individu». C’est sur ces mots puissants et mystérieux que s’ouvre le long-métrage.
Au centre du récit se trouve Corry, brillante médecin déterminée. Elle incarne une figure de leadeuse dans un milieu médical japonais souvent très masculin. Sa mission est titanesque : faire évoluer les mentalités au Japon, un pays où le don d’organes reste un sujet profondément tabou (seul 0,5 % de la population y est donneuse, contre 40 % en Espagne).
Lorsque son compagnon disparaît, Cory ne reste pas dans une attente passive ou dans une détresse paralysante. Elle choisit une autre voie. Cory est une femme d’action. Elle ne subit pas. Elle refuse le statu quo. Sa quête personnelle pour retrouver Jin s’entremêle à son combat professionnel pour sauver un jeune patient et montre la complexité de son personnage : elle a le droit d'être vulnérable, d'affronter la douleur, mais sa force intérieure la pousse à transformer son chagrin en un moteur de vie pour les autres.
Le titre du film fait référence à la célèbre forêt de Yakushima. Considéré comme un lieu sacré par les japonais.e.s, ce site est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, célèbre pour ses cèdres millénaires et son atmosphère mystique. Chez Naomi Kawase (qui a déjà exploré la spiritualité de la nature dans La Forêt de Mogari), la nature n'est jamais un simple décor. Elle est une puissance spirituelle. La forêt de Yakushima devient un espace hors du temps où Corry se reconnecte à l'essentiel. En explorant ce lieu sauvage, l'héroïne puise dans les forces de la Terre pour surmonter son deuil.
Il est impossible de dissocier le message du film de la femme qui le réalise. Première Japonaise à avoir remporté le Grand Prix à Cannes, Naomi Kawase est elle-même un modèle d'empowerment dans une industrie cinématographique japonaise historiquement très patriarcale.
L’Illusion de Yakushimaoffre l'image d'une brillante scientifique qui ne recule devant aucun obstacle personnel ou culturel. Loin de toute passivité face à la fatalité, le film érige la résilience féminine en un véritable acte d'émancipation et de reconquête de son propre destin. Encore et encore.
C.P.
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