Lesbian Space Princess de Emma Hough Hobbs et Leela Varghese (2024)

“Lesbian Space Princess”, un titre pour le moins interpellant et amusant qui ne manquera pas d’interloquer les personnes intéressées et/ou concernées par les questions LGBT+.


Un film d’animation, qui sous des airs de comédie potache, permet aux duos de réalisatrices (Emma Hough Hobbs et Leela Varghese) de parodier l’univers geek sous un angle féministe et LGBT-friendly. Un duo de cinéastes australiennes qui ne manquera pas d’amuser tant en faisant réfléchir les spectacteurs/trices en quête d'œuvre décalée.


Une plongée, tête la première, dans un univers coloré, référentiel et follement queer et ce, dès les premiers instants du long-métrage où nous rencontrons Saira, une princesse de l’espace lesbienne et introvetie. Récemment plaquée par Kiki, la guerrière badass, tueuse de monstres, Saira est dévastée et ferait tout pour reconquérir le cœur de sa dulcinée. Une opportunité unique se présente alors à elle : Kiki a été enlevée par des méchants extraterrestres mâles blancs cisgenres hétérosexuels (des incels ou célibataires involontaires). Saira se lance alors dans une quête inter-gay-lactique pour sa sauver son ex-petite amie. Une aventure où elle serait secondée par Willow, une ex-pop star gothique et non-binaire et un vaisseau spatial paternaliste bloqué au XXIème siècle. 


Un script pour le moins délirant qui parodie pour mieux le dénoncer le monde très masculin de la culture geek. Un univers rempli de male gaze fait de personnages masculins virils et héroïques et où les personnages féminins se résument bien souvent à des princesses en détresse ou des héroïnes exagérément sexualisées (Lara Croft et Wonder Woman en sont d’ailleurs de beaux exemples). Dans ce sens, une volonté des réalisatrices de mettre en avant des personnages peu représentés dans ce genre de long métrage : des femmes queer, racisées (Saira) et neurodivergentes (il semble évident que Willow ait un TDAH). En somme, des représentations positives et inspirantes pour toutes les personnes concernées. 


Tout cela, pour aboutir à une aventure hilarante, rythmée (peut-être trop ?) et haute en couleurs. Un film feel-good truffé de détails cachés savoureux (des fameux “easter egg” dans le jargon geek) : citons par exemple, la planète Clitopolis qui est presque impossible à trouver (comme toute le monde le sait) et des phrases lourdes de sens tel que : “The future is male” affiché fièrement sur un vaisseau qui, comme chacun.e le sait, ne peut être piloté par une femme (car “elle préfère se vernir les ongles”).


En bonne parodie de films de science-fiction qui se respecte, “Lesbian Space Princess”est rempli de références à la pop culture : des plus évidentes (“Star Wars”,la série “Rick et Morty”) à d’autres plus ardues (“Blob”, “Psychose”ou bien encore, “Mister Babadook”). Les réalisatrices citent également les séries “Adventure Time”et “Sailor Moon”comme des inspirations pour la création de leur univers.


Au final, une oeuvre décalée et totalement originale qui se paie le luxe de brasser, avec justesse, de nombreuses thématiques qui vont bien au-delà de la communauté LGBT+ : le sentiment de liberté, l’amour et l’estime de soi, les relations toxiques (entre Saira et Kiki, entre Saira et ses deux mamans), la pression sociale d’être une femme face à des comportements paternalistes. Dès lors, on ne peut qu'espérer revoir, encore et encore, de tels parti pris artistique, tranchant totalement avec nombre de blockbusters actuels aseptisés et fort timorés sur ce genre de thématiques.


B.C.